Ce mardi 28 juillet à 21h00, France 5 diffuse «La mariée était en noir», l'un des films les plus hitchcockiens de François Truffaut. Adapté du roman noir de William Irish, ce long-métrage de 1968 (durée : 1h45) suit le périple vengeur d'une jeune veuve, incarnée par Jeanne Moreau, qui élimine un à un cinq hommes responsables de la mort de son époux.
Un hommage appuyé au maître du suspense
Truffaut, après ses célèbres entretiens avec Alfred Hitchcock, met ici en pratique les leçons du maître : donner au spectateur toutes les informations pour attiser le suspense, recourir au compositeur fétiche Bernard Herrmann, et multiplier les mouvements d'appareil ciselés. Selon Guillaume Loison, critique pour TéléObs, le film emprunte également à Hitchcock une batterie de situations dramatiques, reconfigurées dans la France des sixties, confinant parfois au fétichisme pur.
Pourtant, les premières scènes, saturées de références, risquent de sembler appliquées. Mais le film trouve rapidement sa voie, dessinant les contours d'un sous-genre alors naissant : le pastiche maniériste. On pense autant à «Pas de printemps pour Marnie» qu'aux futures œuvres de Brian De Palma ou même à «Kill Bill» de Quentin Tarantino, autre histoire de mariée méthodique.
Jeanne Moreau, icône mystérieuse
Le rôle de la veuve vengeresse cisèle la légende de Jeanne Moreau, actrice mystérieuse par excellence. Son interprétation allie froideur et détermination, faisant d'elle un ange exterminateur impitoyable. La réalisation de Truffaut met en valeur chaque regard, chaque geste, dans une mise en scène au cordeau.
Le film bénéficie également d'un casting solide : Jean-Claude Brialy et Charles Denner jouent deux des proies. Ce dernier, en particulier, offre une performance marquante dans la dernière partie du film.
Une bascule magistrale vers le romantisme noir
La dernière partie du film opère un changement de ton saisissant. Charles Denner, l'une des cibles, s'éprend de la veuve en victime semi-consentante, sombrant entre résignation romantique et obsession créatrice. Truffaut aborde cette relation comme une absolution et un symptôme, s'éloignant d'Hitchcock pour se rapprocher de ses propres œuvres : «La Sirène du Mississipi» et surtout «L'Homme qui aimait les femmes» (1977).
Ce virage langoureux révèle la patte personnelle du cinéaste, transformant un exercice de style en fable noire profondément intime. Le film, disponible en replay sur france.tv, reste un exemple brillant de la façon dont un réalisateur peut s'approprier les codes d'un maître pour créer quelque chose d'unique.



