Le premier long métrage de Julien Gaspar-Oliveri, La Frappe, a été doublement récompensé au Festival de Cinéma Francophone d'Angoulême : prix du meilleur acteur pour Diego Murgia et prix de la mise en scène. Découvert à la Semaine de la Critique cannoise, le film aborde frontalement l'inceste, un sujet personnel pour le réalisateur, qui a tenu à ne pas en faire une œuvre directement autobiographique.
Un sujet personnel traité avec distance
« Je me suis beaucoup documenté pour me dégager de mon histoire et aller à la rencontre d'autres profils », confie Julien Gaspar-Oliveri. Cette démarche documentée donne au film sa force, selon le réalisateur. Il avait déjà exploré ce thème délicat au théâtre, notamment dans la pièce La Gueule ouverte, et dans la mini-série d'Arte Ceux qui rougissent.
Le film suit deux jeunes adultes confrontés au retour de leur père toxique, tout juste sorti de prison où il a purgé une peine pour escroquerie. La fille de 20 ans refuse de le revoir, tandis que son frère, d'un an plus jeune, lui ouvre les bras, rêvant de recréer une cellule familiale fantasmée. Bastien Bouillon incarne ce géniteur charmeur et inquiétant, face à Diego Murgia et Romane Fringelli, une fratrie rattrapée par un passé douloureux.
Une mise en scène qui refuse le voyeurisme
Le choix de ne pas recourir aux flash-back évite tout voyeurisme malsain, sans empêcher le public de ressentir les épreuves subies par les enfants. « L'écran de cinéma empêche de s'échapper. Il empêche de regarder ailleurs. Il y a une frontalité au cinéma qui est aussi une sorte d'exigence », explique le réalisateur.
« L'imaginaire est beaucoup plus fort que l'image, insiste-t-il. L'image vient arrêter l'imaginaire et j'aime faire confiance à l'imaginaire du spectateur. » Ce pari gagnant, allié à un sens aigu du cadrage et une image volontairement granuleuse, rappelle la force des frères Dardenne, dont Julien Gaspar-Oliveri déclare adorer Rosetta.
Une histoire de résilience et d'emprise
Cette histoire d'amour entre un frère et une sœur blessés, tentant de se reconstruire chacun à sa façon, vibre de violence et de tendresse. La route menant à la résilience est longue et accidentée. Il n'est pas facile de ne plus aimer ses parents, même quand ils ont détruit. On ne se défait pas aisément de l'emprise, terrible et sournoise, d'un homme qui prétend vouloir tout réparer.
« J'ai toujours eu une obsession pour les liens familiaux, surtout la question de l'héritage et celle des parents qui sont comme des dieux pendant longtemps, puis qui deviennent nos bourreaux. Nos parents sont nos dieux et, quand on touche à nos dieux, la terre tremble », confie Julien Gaspar-Oliveri.
Un cinéaste qui s'impose
Julien Gaspar-Oliveri s'était fait remarquer comme acteur dans Plus belle la vie. On le verra bientôt dans le rôle de Samuel Paty pour La Rumeur, bientôt diffusé sur France Télévision. Il s'impose aujourd'hui comme un cinéaste puissant, flirtant avec le documentaire pour traiter un sujet grave et intime avec pudeur.



