Il y a des films qu'on rêve de voir dès l'annonce de leur sortie. Pour moi, tout long métrage consacré au général de Gaulle a toujours eu cette aura. Pourtant, la bande-annonce de La Bataille de Gaulle m'a instantanément rebuté : pompeux, grotesque, ringard. L'affiche, un calligramme en croix de Lorraine avec des noms illisibles sur fond noir, achevait de m'en éloigner. Je me suis donc réjoui d'apprendre, une semaine après sa sortie, que ce film était un flop commercial. Les gens n'étaient donc pas si stupides, pensais-je.
Premiers doutes : les retours enthousiastes
Mon oncle Joël, ancien communiste, et sa femme Claudine, royaliste, furent les premiers à me surprendre : ils avaient adoré. J'ai d'abord mis cela sur le compte de la canicule et du confort de la salle climatisée. Puis des amis comme Dora, séduite par la présence de Benoît Magimel, et Margaux, une intellectuelle exigeante, m'ont dit avoir trouvé le film « formidable ». Le coup de grâce vint de ma nièce Sara, réalisatrice underground : « C'est un film génial. Il ne parle pas assez de la résistance, mais il y a plein de trucs super. Vraiment, vas-y ! »
La révélation en salle
Je me suis donc rendu un dimanche matin au cinéma des Halles, à Paris, pour voir la première partie, L'Âge de fer. Dès les premières scènes, j'ai été ému aux larmes. Le film regorge d'instants drôles, comme lorsque de Gaulle indique à son chauffeur : « Dans la direction de mon bras. » (clin d'œil à la bande dessinée de Ferri ?). À la sortie, conquis, nous avons acheté les billets pour la suite, avalé un hot-dog médiocre face à Saint-Eustache, et replongé dans le récit.
Un succès inattendu, mais mérité
Le film affiche une note spectateur de 4,4 sur 5, ce qui contredit tous mes a priori. Antonin Baudry a pris des libertés avec l'histoire, livrant un de Gaulle légendaire, épique, chevaleresque. L'assassinat de Darlan est traité avec une ironie mordante. Certains regrets subsistent : l'absence de Magimel en général Kœnig, et un portrait psychologique qui gagnerait à être approfondi, notamment sur la relation filiale avec Pétain. Mais globalement, « Chacun son de Gaulle » : c'est cette liberté qui fait le succès du film, chacun y trouve son compte.
Un plaidoyer pour aller au-delà des apparences
Cette expérience m'a enseigné à ne pas juger un film sur sa bande-annonce ou son affiche. La Bataille de Gaulle est un exemple parfait de la capacité du cinéma à surprendre, à émouvoir et à rassembler, au-delà des clivages politiques. « On a tellement aimé ce film », disait ma nièce. Moi aussi.



