Dans un entretien accordé au « Nouvel Observateur » en 1994, le grand cinéaste polonais Krzysztof Kieslowski revenait sur le dernier film de sa trilogie tricolore, « Trois Couleurs : Rouge », qui marqua ses adieux au cinéma. Il confiait son envie de vivre, deux ans avant sa brutale disparition. Propos recueillis par Gilles Anquetil.
Un réalisateur à la retraite à 53 ans
En 1994, alors qu’il présentait « Trois Couleurs : Rouge », éloge subtil de la fraternité et ultime volet de sa célèbre trilogie tricolore, Krzysztof Kieslowski surprenait le monde du cinéma en annonçant sa retraite artistique à seulement 53 ans. Avec « Trois Couleurs : Rouge » s’achève volontairement une carrière exceptionnelle.
Né en 1941 à Varsovie, où il est mort en 1996, Krzysztof Kieslowski a été formé à l’école de cinéma de Łódź, berceau des plus grands réalisateurs polonais. Il est l’auteur du « Décalogue » (lion d’or à la Mostra de Venise en 1988) et de « la Double Vie de Véronique », qui révéla la comédienne Irène Jacob (prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 1991).
L’humour comme nécessité
Dans cet entretien, Kieslowski déclarait : « Dans la vie comme dans mes films, j’ai besoin de l’humour ». Il expliquait que l’humour lui permettait de garder une distance face aux tragédies de l’existence et d’aborder des sujets graves avec légèreté. Pour lui, l’humour était une forme de sagesse, un moyen de survivre aux épreuves.
Le cinéaste polonais évoquait également son rapport à la mort et à la création. Il affirmait ne pas craindre la mort, mais redouter de ne plus pouvoir faire de films. Pourtant, il annonçait son retrait du cinéma, fatigué par le système de production et le manque de liberté artistique.
« Trois Couleurs : Rouge », un film testament
« Trois Couleurs : Rouge » est le dernier film de Kieslowski. Il y explore les thèmes de la fraternité, du hasard et des liens invisibles qui unissent les êtres. Le film met en scène une jeune étudiante, interprétée par Irène Jacob, et un juge à la retraite, joué par Jean-Louis Trintignant. Leurs destins se croisent et se répondent dans une méditation poétique sur la vie et la mort.
L’entretien révèle un homme sensible, lucide et profondément humain. Kieslowski y parle de son enfance en Pologne, de son rapport à la religion et de sa vision du cinéma comme outil de compréhension du monde. Il confie son admiration pour les cinéastes italiens et français, et son désir de simplicité.
Un héritage durable
Deux ans après cet entretien, Krzysztof Kieslowski disparaissait brutalement à l’âge de 54 ans, laissant derrière lui une œuvre majeure. Sa trilogie tricolore, composée de « Bleu », « Blanc » et « Rouge », reste une référence du cinéma d’auteur. Ses films continuent d’inspirer des générations de cinéastes et de spectateurs.
Cet entretien, publié en 1994, est un témoignage précieux sur la pensée d’un artiste qui, malgré sa retraite annoncée, n’avait pas renoncé à la vie. Il nous rappelle que l’humour et la lucidité peuvent coexister, et que le cinéma est un art de la transmission.



