« Justa » de Teresa Villaverde : une plongée dans l'après-catastrophe
Le dernier long-métrage de la cinéaste portugaise Teresa Villaverde, intitulé « Justa », ouvre un espace-temps unique et poignant, que l'on pourrait qualifier de « d'après la catastrophe ». Ce film crée une bulle d'affliction, un contrecoup émotionnel, où la réalisatrice, née en 1966 et connue pour une œuvre parcimonieuse mais puissante (une douzaine de films en trente-cinq ans), excelle une fois de plus.
Un désastre environnemental au cœur du récit
Alors que son précédent film, « Contre ton cœur » (2017), chroniquait les ravages de l'austérité dans le Portugal de la crise économique, « Justa » déplace le désastre vers le domaine environnemental. Les premiers plans, montrant de grands arbres déracinés, attestent de cette évolution. Le film s'appuie sur un sinistre qui hante encore la mémoire collective portugaise : les incendies massifs de juin 2017, qui ont dévasté la région forestière de Leiria, au centre du pays.
Ces incendies ont causé un lourd bilan de 65 morts et ont laissé des scènes effroyables, comme des automobilistes pris au piège et des maisons brûlées, traumatisant profondément l'opinion publique. Bien que l'incendie ne soit pas mentionné immédiatement dans le film, il remonte progressivement à travers les conversations des personnages, formant une communauté de souffrances.
Les personnages et leur douleur
Le film suit Justa, une petite fille de 10 ans interprétée par Madalena Cunha, qui a perdu sa mère et souffre d'insomnies nocturnes. Son père, Mariano, joué par Ricardo Vidal, est un grand brûlé portant sur son corps les stigmates de la fournaise. Elsa, incarnée par Betty Faria, est une veuve devenue aveugle après avoir vu son mari fondre sur le bitume. Elle trouve une assistance inattendue en Simao, un garçon farouche interprété par Alexandre Batista.
Ces personnages rescapés tissent des liens fragiles, explorant les thèmes de la perte, de la résilience et de la mémoire collective. Teresa Villaverde utilise son approche cinématographique minimaliste pour creuser un sillon de désolation, tout en offrant des moments de grâce et d'humanité.
Un film qui résonne avec l'actualité
« Justa » n'est pas seulement un récit sur une tragédie passée ; il résonne avec les préoccupations contemporaines sur les catastrophes environnementales et leurs impacts psychologiques durables. En mettant en lumière les traumatismes invisibles, le film invite à une réflexion sur la manière dont les sociétés font face aux désastres naturels.
Avec une distribution remarquable et une réalisation sensible, « Justa » s'impose comme une œuvre essentielle du cinéma portugais, offrant un regard profond sur la fragilité humaine face aux forces de la nature.



