L'humoriste et comédien Hakim Jemili est la vedette d'une chouette "dramédie" qui traite du pire et du meilleur, de la fin de vie et de la naissance de l'amour, avec une égale sensibilité et drôlerie. "Tout va super" est notre coup de cœur de la semaine.
Une histoire entre rires et larmes
On ne va pas se mentir, "Tout va super" n'est pas la phrase que l'on prononce le plus souvent ces derniers temps. Élie, lui, si. Pas que ce soit toujours vrai. Rarement, en vérité. Mais ça rassure, ça protège, ça épargne. Cela fait quelques années que ce grand dadais d'une trentaine d'années, interprété par Hakim Jemili, a mis sa vie sur pause pour s'occuper de Sylvaine, sa mère fantasque et exigeante qui lutte contre un cancer, incarnée par Noémie Lvovsky. Mais cette fois, les médecins sont formels : elle est en rémission ! Élie peut enfin penser à lui, et ça ne loupe pas : dans un bar, il fait une super rencontre : Anaïs, solaire et directe, jouée par Marie Colomb. Alors qu'ils se régalent à se découvrir amoureux, Sylvaine fait une rechute. C'est fichu, elle va mourir. Entre son envie de vivre son histoire d'amour avec Anaïs et son refus de voir s'achever son autre histoire, d'amour également et d'indicible, avec sa mère, Élie est bientôt totalement paumé.
Un film largement autobiographique
En grande partie autobiographique, le troisième long métrage de Patrick Cassir est un petit bijou de "dramédie" qui trouve le juste équilibre, c'est-à-dire l'équilibre fragile, oui, comme l'existence, entre le drame intime et la comédie romantique. C'est avec la tendresse du vécu qu'il met en scène la relation fusionnelle entre la mère forte mais affaiblie et un garçon dévoué et empêché à la fois, et la disparité naturelle de leur appréhension de la fin prochaine. Le sujet est délicat, grave, mais le trait n'est pas appuyé, désamorcé par un comique de situation qui sonne juste, car le pire réclame le rire.
Une romance moderne et décalée
Autour de ce parcours à l'issue forcément bouleversante, le film ficelle une romance qui serait plus convenue si n'était l'humour qui s'y déploie, moderne, ouvert, décalé, limite absurde parfois. S'il est très écrit, et finement dialogué (Patrick Cassir et Rudy Milstein cosignent le scénario), "Tout va super" doit énormément de sa drôlerie, de son émotion et de son charme à ses comédiens.
Des acteurs épatants
Hakim Jemili confirme qu'il est une des meilleures choses qui soient arrivées à la comédie française ces dernières années : avec sa grande carcasse burlesque, son débit mitraillette, son air un peu perdu, ahuri mais gentil, il fait, après "Docteur ?", "Chasse gardée" et "L'amour c'est surcoté", encore une fois merveille. Noémie Lvovsky confère à son personnage une grâce un peu perchée, un peu pénible, et un mystère insondable qui tranchent avec la sempiternelle figure de mère louve d'origine méditerranéenne du cinéma français. Moins repérée, Marie Colomb compose une girlfriend parfaitement contemporaine, indépendante, entreprenante, clairvoyante. Enfin, dans un plus petit rôle d'aide à domicile, le comédien de théâtre Rudy Milstein est tout bonnement hilarant. Bref, ils s'avèrent tous tellement attachants que c'est à contrecœur qu'on les quitte au bout d'une heure trente, enfin, un peu plus à regret que les autres, mais ainsi va la vie et oui, tout va super.



