Festival de Cannes 2026 : Adam Driver, arme fatale de James Gray dans "Paper Tiger"
Adam Driver, l'arme fatale de James Gray dans "Paper Tiger"

Adam Driver, 42 ans, commence à s'habituer au Festival de Cannes. Après avoir été la tête d'affiche de Megalopolis de Francis Ford Coppola en compétition en 2024, il est de retour sur la Croisette pour le dernier film de James Gray, Paper Tiger, également en compétition. Ce récit autobiographique, centré sur deux frères dans le Queens des années 1980, plonge le spectateur au cœur d'une affaire qui tourne mal face à la mafia russe. Driver incarne Gary, l'oncle du réalisateur, aux côtés de Miles Teller et Scarlett Johansson.

Un réalisateur exigeant

Interrogé sur le style de James Gray, Adam Driver explique : « Il aime tourner avec une seule caméra, une seule trame, il regarde autant votre performance que le scénario. Et il porte une attention très forte aux détails. Chacun de ses films s'intéresse aux dynamiques familiales et il a un style très particulier. » Avant le tournage, Driver a revu plusieurs films de Gray : The Immigrant, Lost City of Z, Ad Astra, We Own the Night, The Yards.

Préparation du personnage

Pour incarner Gary, Driver a bénéficié des conseils du réalisateur. « Je ne peux pas vous dire tout ce qu'il m'a donné parce que je garde tout ça dans un cercle de confiance, mais il m'a surtout parlé de la période, ce New York des années 80 avec la mafia italienne qui s'efface et les gangs russes qui prennent la relève. » Gary est un ancien flic qui souhaite devenir propriétaire d'une entreprise avec son frère. « Il a quitté sa femme, il a perdu une partie de son mojo et il souhaite recréer une nouvelle dynamique, notamment avec son frère. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une tragédie grecque moderne

Le film, bien qu'autobiographique, possède un fond de tragédie grecque. « On a beaucoup évoqué les tragédies grecques avec James, c'est vrai. Mais on est parti du principe que Gary n'est pas un méchant, ni un être parfait. C'est presque un mec normal qui prend des décisions par amour, notamment de son frère et de son clan. » Pour comprendre l'univers, Driver et Gray ont puisé dans plusieurs films : ceux de Robert Bresson, The King of New York, Ashes and Diamonds, Le Parrain.

Le lien fraternel avec Miles Teller

Construire le lien avec Irwin, joué par Miles Teller, était essentiel. « Le script posait parfaitement les bases de leur relation, mais on s'est laissé guider avec Miles. On a vite compris que le seul moyen qu'a Gary de sauver son frère est de se sacrifier. » Driver souligne : « Gary est le frère aîné mais au final, cette envie de protéger son clan l'a isolé. Et sa plus grande force, cette envie de tout gérer, va devenir son talon d'Achille. »

Une critique du rêve américain ?

Pour Driver, le film n'est pas une critique du rêve américain, mais plutôt un espoir. « Pas forcément, plutôt un espoir, très américain, de ne jamais se satisfaire de ce que l'on a. Il y a un système de classe, surtout dans l'Amérique des années 80, où on veut toujours faire mieux que nos parents, mais c'est un idéal universel plus qu'américain. »

L'amour de la France et du cinéma français

Adam Driver entretient des liens forts avec la France. « Comme je vous le disais, j'adore Robert Bresson, quand j'ai découvert son film Un condamné à mort s'est échappé, j'étais subjugué. J'adore François Truffaut, évidemment, et j'aime beaucoup Leos Carax. » Il révèle avoir essayé de tourner à nouveau avec Carax après Annette, présenté en ouverture du Festival en 2021, mais leurs emplois du temps ne coïncidaient pas. « Il y a deux réalisateurs pour qui je suis prêt à tourner n'importe quoi, c'est Leos et Jim Jarmusch. » Il ajoute : « Je suis toujours fasciné par la manière dont le cinéma fait partie intégrante de la culture en France, et la place qu'elle donne aux acteurs. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Notre avis

Initialement prévue comme la suite d'Armageddon Time, James Gray a finalement fait de Paper Tiger une affaire de famille, la sienne. L'histoire de son père et de son oncle, dans le Queens des années 80, met en scène deux hommes ordinaires incarnés par Miles Teller et Adam Driver, qui mènent des vies tranquilles mais ne seraient pas contre un petit extra. Ce « coup parfait » va se transformer en un traquenard avec la mafia russe. On retrouve tous les éléments du cinéma de Gray : clans familiaux, dynamiques fraternelles, New York, la mafia russe, la loyauté, le poids des origines, le mythe du melting-pot, la ligne de crête entre la loi et le crime, la fatalité, le tout enveloppé d'un voile tragique. Ce film au casting sur mesure (Scarlett Johansson complète parfaitement le duo), à l'intrigue prenante, pose la question cruciale : franchit-on la ligne par désespoir ou ambition ? Un très bon cru chez James Gray.