Le réalisateur emblématique de la saga Taxi, Gérard Krawczyk, a choisi de s'installer à Antibes, la ville où ses parents avaient déjà posé leurs bagages. Dans un entretien, il partage ses souvenirs d'enfance, ses ambitions culturelles pour la commune et sa vision du 7e art, entre passion et inquiétude face à l'intelligence artificielle.
Des souvenirs d'enfance à Antibes
Krawczyk se rappelle de ses premières vacances à Antibes avec ses parents : « On était en vacances en Grèce, on prenait la voiture. Sur le chemin du retour, on a fait étape à Antibes, on a dormi à l'hôtel à la Salis. Vingt ans après, mes parents ont emménagé ici ! » Aujourd'hui, c'est à son tour de s'ancrer dans la cité des Remparts. « Je suis encore un peu à Paris pour le travail, mais je veux être ici à 100 %. Cette ville a une belle âme, elle vit l'hiver et n'est pas show off. » Il y a d'ailleurs tourné des scènes de son premier film, Je hais les acteurs, à la villa Médy Roc.
Des projets culturels pour la ville
Le cinéaste entend s'investir pour sa nouvelle ville. « Si je peux aider à concrétiser des projets, j'en serai heureux. » Il imagine notamment des projections en plein air à Juan-les-Pins : « Voir des films en famille sous les étoiles, c'est renouer avec l'ADN du cinéma, art populaire. Vibrer ensemble, enfants, parents, grands-parents, la journée sur la plage et le soir devant un film. » Cette année, son film Je hais les acteurs a été projeté sur la plage de Cannes Classique, une expérience qu'il qualifie d'extraordinaire, rappelant le cinéma italien populaire où tout le village se réunissait.
Un autre projet lui tient à cœur : réaliser une collection de portraits des habitants méconnus d'Antibes, « des gens qui ont un rôle social important mais ne sont pas connus du grand public. Ils sont l'âme et l'Histoire de la ville. Ce serait bien d'en faire une collection pour le patrimoine humain de la commune, pour les futures générations. »
Le succès mondial de la saga Taxi
Krawczyk revient sur le phénomène Taxi, connu dans le monde entier. « En Russie, en Corée, partout, ils connaissent les films. Des passionnés achètent des 406 pour refaire le taxi, avec les mêmes jantes, le même levier de vitesse… C'est extraordinaire ! » Il rappelle que le film avait été refusé partout : « Personne n'en voulait. Il devait se tourner à Paris mais la ville a refusé, ce qui a donné un nouvel élan cinématographique à Marseille. »
Interrogé sur ses expériences en taxi, il confie avec humour : « Quand c'était la grande époque, beaucoup voulaient me montrer qu'ils conduisaient vite, en prenant des risques. Je leur disais “Monsieur, j'ai peur”. Ils étaient sidérés, pensant “le gars qui a fait Taxi a peur dans mon taxi. De la vitesse ! Quel nul !” »
L'IA dans le cinéma : un outil à réguler
Sur l'arrivée de l'intelligence artificielle, le réalisateur se montre pragmatique. « Le cinéma a toujours évolué avec les technologies : noir et blanc, couleur, muet, parlant, mono, stéréo, Dolby Atmos, relief… L'IA est un outil formidable. Mais le cinéma n'est pas contre l'IA, il est contre la manière dont l'outil s'établit. » Il compare la situation à l'invention de l'automobile : « On ne vous paie pas pour les sièges, le cuir, les freins, parce que l'automobile est tellement formidable qu'il est normal qu'on vous prenne tout gratuitement. » Il conclut : « Il va falloir réguler intelligemment l'IA. Pour le moment, c'est le Far West. »
Quant à l'avenir des salles de cinéma, il reste confiant : « La salle ne va pas disparaître. Le lien social généré est irremplaçable, comme pour un spectacle vivant. »
Deux nouveaux projets en préparation
Krawczyk a actuellement deux projets : un film à Marseille et une mini-série internationale. Il ne donne pas plus de détails, mais ces annonces confirment sa volonté de continuer à créer, tout en s'ancrant dans sa nouvelle vie antiboise.



