« Fjord » de Mungiu : une palme d'or prise au piège de sa neutralité
« Fjord » de Mungiu : une palme d'or au piège de sa neutralité

Dans « Fjord », Cristian Mungiu, déjà récompensé d'une palme d'or pour « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » en 2007, décroche sa seconde distinction cannoise. Mais le film, qui sort en salle le 19 août, laisse notre critique partagé. « Tous les prix sont liés à un contexte, il faudra attendre vingt ans pour savoir si mon film est vraiment bon et passera le test du temps », a déclaré le réalisateur roumain à la réception de son prix, une remarque qui témoigne de sa lucidité, mais aussi peut-être de sa clairvoyance sur les faiblesses de son œuvre.

Un face-à-face entre deux intégrismes

Le film met en scène un couple très pieux et conservateur – elle norvégienne (Renate Reinsve), lui roumain (Sebastian Stan) – fraîchement installé dans un village de Norvège avec leurs cinq enfants. Ils sont rapidement soupçonnés de violences physiques envers deux de leurs enfants par le Barnevernet, un puissant organisme de protection des mineurs. Dès le début, la garde des enfants est retirée aux parents, qui restent sonnés, tandis que la méfiance gagne la communauté dans l'attente du procès.

L'ambition du cinéaste est pertinente : renvoyer dos à dos les intégrismes de toutes sortes, labourer le terreau d'incompréhensions bornées qui mènent nos sociétés dans l'impasse. Mais le résultat, selon notre critique Nicolas Schaller, est moins convaincant.

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Une mise en scène intelligente mais une neutralité de façade

La mise en scène en plans-séquences joue intelligemment du hors-champ, des cadres dans le cadre et des parois vitrées qui figurent un monde divisé – un ensemble d'espaces reliés qui jamais ne se rejoignent. Le film rappelle par endroits le cinéma de Ruben Ostlund, notamment « Sans filtre », dans sa manière de distribuer les mauvais points sans y toucher. Cependant, le film court après une objectivité de façade et pèche par sa quête illusoire de neutralité.

Pourquoi ne pas avoir adopté le point de vue d'un des personnages secondaires – la fille adolescente, sa copine ou la voisine avocate –, mieux dessinés et à distance des protagonistes ? Ces derniers sont maintenus dans un flou arrangeant et manipulateur pour servir la démonstration.

Un échec qui accable le camp progressiste

Faute de marcher sur l'eau – leitmotiv puissamment symbolique du film –, Mungiu marche sur des œufs, cherche à ménager la chèvre et le chou. Mais sa subtilité à géométrie variable accable davantage le camp progressiste, selon le critique. Un échec qui assoit « Fjord » moins comme une dénonciation du sectarisme ambiant que comme le symptôme équivoque d'une époque malade où tout parti pris avance suspect.

Le film, d'une durée de 2h26, est une coproduction Roumanie-France-Norvège. Il est distribué par Le Pacte et sortira en salles le 19 août.

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