Secours en montagne : faut-il facturer les interventions ?
Secours en montagne : faut-il facturer les interventions ?

La Cour des comptes a recommandé en début d'année de facturer certaines interventions des secours en montagne, en raison de leur coût : 110 millions d'euros en 2024. En pleine saison estivale, les secouristes interrogés par Midi Libre expriment des avis nuancés, entre nécessité de prévention et risque de dissuader les appels à l'aide.

Un coût en hausse et des interventions plus nombreuses

Selon le rapport de la Cour des comptes publié en février, les interventions de secours en montagne ont coûté 110 millions d'euros en 2024, dont 43 % imputables aux moyens aériens. Cela représente, pour chacune des 9 912 interventions, une somme de 10 780 euros en moyenne. La Cour estime "légitime de remettre en question le principe de gratuité des secours en montagne", comme le rapporte le Palais Cambon.

Le nombre d'interventions a augmenté de 44 % en dix ans, en raison d'une pratique sportive en hausse et de l'aggravation des risques liés au dérèglement climatique. Un tiers des secours liés aux sports de montagne sont réalisés en juillet et août, contre environ un cinquième en janvier et février.

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Les secouristes entre prévention et facturation

Guillaume Poulet, ancien Chasseur alpin désormais accompagnateur et formateur en secourisme aux Angles (Pyrénées-Orientales), estime que la facturation "mérite réflexion" lorsque le secours est déclenché en raison d'une imprudence ou négligence. Il se dit toutefois favorable à une "présomption de bonne foi" des personnes secourues, car si la "peur du gendarme" prenait le pas sur la sécurité, certaines petites urgences pourraient devenir en quelques heures de vraies urgences compliquées à évacuer.

David Marionneau, encadrant au Club alpin de Toulouse, n'est pas favorable à un paiement systématique, "notamment pour des questions de sécurité", tout en reconnaissant que certaines personnes déclenchent les secours trop facilement. Il préconise d'édicter "des règles très spécifiques" pour différencier un appel pour sécurité d'un appel par confort.

Le risque de mettre les sauveteurs en danger

Le lieutenant Franck Hernandez, du Sdis 66, pompier depuis vingt-cinq ans, intervient en milieu périlleux. Il constate que trop de personnes s'aventurent sur des terrains accidentés mal équipées, ce qui met en danger les sauveteurs eux-mêmes. "Ça nous arrive d'être en colère quand on prend le risque de partir en hélico pour des gens mal préparés", confie-t-il. Il rappelle que les secours en France sont gratuits, une valeur qui doit prévaloir, et plaide pour plus de prévention et d'information afin d'éviter certains problèmes de randonnée.

Un incident survenu le 15 août à Saint-Gervais-les-Bains illustre les tensions : un groupe d'alpinistes coincé dans un refuge du Mont-Blanc après la fermeture d'un sentier a dû redescendre en hélicoptère privé, moyennant 95 euros par personne, une pratique ni courante ni consensuelle. Le maire a justifié cette facturation sur les réseaux sociaux, évoquant la fierté des alpinistes de leur descente.

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