Le Festival international du documentaire (FID) de Marseille a vécu une semaine mouvementée. Le cinéaste israélien Nadav Lapid a annoncé le retrait de ses films de la compétition après un appel au boycott lancé par des collectifs pro-palestiniens. Malgré cette défection, la manifestation a maintenu sa programmation, avec des films qui « reprennent le terrain », selon les organisateurs.
Un appel au boycott qui fait réagir
L'appel au boycott, relayé par plusieurs associations, visait à dénoncer « la complicité d'Israël dans l'oppression des Palestiniens ». Nadav Lapid, réalisateur israélien connu pour son engagement critique envers son pays, a expliqué dans un communiqué : « Je ne veux pas que mon travail soit utilisé comme un outil de division. Je retire mes films pour éviter que le festival ne soit instrumentalisé. »
Le FID a réagi en soulignant que « la liberté d'expression et la diversité des points de vue sont au cœur de notre mission ». La directrice artistique, Anne-Marie Faucon, a déclaré : « Nous regrettons cette décision, mais nous respectons le choix de l'artiste. Le festival continue avec près de 80 films programmés. »
Un festival ancré dans le réel
Malgré ce retrait, le FID Marseille a maintenu sa ligne éditoriale, mettant en avant des documentaires engagés. Parmi les temps forts, la projection de « Retour à Ramallah » de la réalisatrice palestinienne Mai Masri a attiré une large audience. Le film aborde la vie quotidienne sous occupation, sans discours politique explicite.
Le festival a également programmé des œuvres israéliennes, comme « Les Colons » de Shimon Dotan, qui critique la colonisation en Cisjordanie. « Nous voulons montrer la complexité du conflit, pas le réduire à un boycott », a ajouté Anne-Marie Faucon.
Des chiffres encourageants
La fréquentation du FID 2026 a atteint 12 500 entrées, soit une hausse de 15 % par rapport à l'année précédente. Les organisateurs se félicitent de cette affluence, qui témoigne de l'intérêt du public pour le documentaire d'auteur. « Le cinéma reste un espace de débat et de réflexion, malgré les tensions politiques », a commenté le délégué général, Pierre-Emmanuel Luneau-Daurignac.
Un débat nécessaire
Le retrait de Nadav Lapid a relancé le débat sur le boycott culturel d'Israël. Pour certains, il s'agit d'une forme de censure ; pour d'autres, d'un acte de résistance légitime. Le FID a organisé une table ronde intitulée « Cinéma et engagement : jusqu'où va la liberté d'expression ? », qui a rassemblé une centaine de participants.
« Il ne faut pas confondre boycott d'un État et boycott d'un artiste », a estimé la critique de cinéma Sophie Dulac. « Nadav Lapid est un opposant à la politique de son gouvernement. Le priver de parole, c'est affaiblir les voix dissidentes. »
En parallèle, des militants pro-palestiniens ont distribué des tracts devant la salle de projection, appelant à « ne pas normaliser la présence israélienne dans les festivals ». La police a dû intervenir pour disperser un rassemblement non autorisé.
La suite du festival
Le FID Marseille se poursuit jusqu'au 18 juillet, avec des projections en plein air et des rencontres avec les réalisateurs. Au programme, une rétrospective consacrée au cinéma documentaire latino-américain et une section dédiée aux premières œuvres.
Malgré la polémique, l'équipe du festival se dit satisfaite du déroulement de l'événement. « Nous avons montré que le cinéma peut dépasser les clivages politiques », a conclu Anne-Marie Faucon.



