Privilèges : une série française entre palace et prison, par Christophe Donner
Privilèges : une série entre palace et prison

Malgré ses déboires avec HBO et sa série à succès Heated Rivalry, Christophe Donner s'est laissé tenter par Proud, une autre série gay-friendly, qu'il juge décevante. Avant de se désabonner, il a découvert Privilèges, une série française de Marie Monge et Vladimir de Fontenay, qui se déroule dans un palace parisien et une prison de la région parisienne.

Une série entre deux mondes

Adèle (Manon Bresch) est en prison. Elle a commis un acte répréhensible, mais depuis six mois, elle montre sa volonté de ne pas récidiver. La juge d'application des peines lui annonce qu'aucun employeur n'accepte de la prendre à l'essai, ce qui impliquerait de travailler en entreprise le jour et de retourner en prison la nuit. La juge lui propose un programme de réinsertion particulier, qui n'a jamais fonctionné. Adèle accepte le défi.

Adèle devient bagagiste au Citadel, un palace situé en bas des Champs-Élysées, dirigé par Edouard Balzain (Melvil Poupaud). La série explore la vie d'une jeune délinquante entre deux mondes : la misère carcérale et le luxe suprême. Donner note l'originalité de cette situation, mais regrette que les scénaristes n'aient pas utilisé tous les ressorts possibles. Il s'interroge : « La crédibilité serait-elle une forme de censure ? »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Contrastes saisissants

La nuit en prison : odeurs de canicule pestilentielle, folie des hurlements, dégoût, saleté, menace permanente d'agressions, tentation de mourir retenue par des rêves de vengeance. Le jour au palace : fraîcheur des brumisateurs à la fleur de jasmin, musiques dans les ascenseurs à moquette, couloirs aux vitrines scintillantes de diamants et rubis, vue sur Tout-Paris, cadeaux de bienvenue de la direction, tentation de tout voler retenue par l'idée d'épouser un héritier de passage.

Donner apprécie que la série ne s'attarde pas sur le passage d'un monde à l'autre, mais procède en filigrane à une véritable coupe géologique des strates sociales, d'une corruption à l'autre, d'une immoralité à l'autre.

Personnages fascinants

Manon donnerait tout, y compris son corps, pour ne pas retourner dormir en prison. Dans une scène notable, elle croit pouvoir devancer un viol, mais se fait rembarrer par le tendre Yan (Sandor Funtek), qui lui rappelle que la douceur est possible dans ce monde de brutes. Donner souligne que Manon n'est pas plus sympathique qu'Edouard. Réciproquement fascinés par ce que l'autre a été et voudrait devenir, ils sont faits l'un pour l'autre et se détestent sans entrave. Il espère que la saison 2 offrira de nouvelles péripéties scandaleuses à leur destin.

Donner conclut que Privilèges ne répond pas à la question de savoir ce que les extrêmes apprennent sur la vie moyenne, mais qu'elle divertit impeccablement. « Quand la qualité oblitère le sens, et le talent étouffe le message, c'est beaucoup mieux que de laisser le moralisme envahir le récit », écrit-il.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale