Le Festival d'Avignon, rendez-vous incontournable du théâtre et de la danse, a présenté cette année une œuvre qui défie les catégories établies. Silence, création de la chorégraphe Mathilde Monnier et de la musicienne Lucie Antunes, a été joué du 7 au 16 juillet 2026 à la FabricA. Ce spectacle de 70 minutes brouille les frontières entre musiciens et danseurs, offrant une expérience immersive où le son et le mouvement se confondent.
Une partition chorégraphique et musicale
Mathilde Monnier, figure majeure de la danse contemporaine, et Lucie Antunes, percussionniste et compositrice, ont conçu Silence comme une partition commune. Sur scène, cinq interprètes – trois musiciens et deux danseurs – évoluent dans un espace circulaire. Les musiciens jouent de leurs instruments (percussions, batterie, clavier) tout en se déplaçant, tandis que les danseurs produisent des sons avec leurs corps ou des objets. La pièce explore le silence non pas comme absence, mais comme matière sonore et gestuelle.
Un dispositif scénique épuré
La scénographie, signée par la designer Nadia Lauro, se compose de lumières tamisées et de quelques éléments mobiles : des caisses en bois qui servent à la fois de sièges et de percussions. Les costumes, conçus par Pascale Binant, sont des tenues neutres, grises et noires, qui mettent en valeur les corps en mouvement. Le dispositif sonore, avec des micros placés au sol et sur les instruments, amplifie les moindres frottements et respirations, créant une atmosphère intime.
Un travail de collaboration étroite
Selon Mathilde Monnier, citée dans le dossier de presse, "Silence est né d'une envie de travailler avec Lucie Antunes, dont la musique percussive m'a toujours fascinée. Nous avons voulu créer un espace où la danse et la musique ne sont pas superposées, mais entremêlées." Lucie Antunes ajoute : "Les danseurs sont devenus des musiciens, et les musiciens des danseurs. Chaque geste produit un son, chaque son provoque un geste." Cette symbiose a demandé six mois de résidence à la Ménagerie de Verre à Paris.
Un accueil critique enthousiaste
La critique a salué cette proposition audacieuse. Le journal Les Échos parle d'"une expérience sensorielle totale", tandis que Télérama évoque "un spectacle qui réinvente le rapport au public". Selon un spectateur interrogé par France Culture, "on ne sait plus qui fait quoi, on est simplement plongé dans un flux sonore et visuel". Les huit représentations ont affiché complet, avec un taux de remplissage de 100% selon l'organisation du festival.
Un contexte de décloisonnement artistique
Cette création s'inscrit dans une tendance plus large du Festival d'Avignon à favoriser les croisements disciplinaires. Depuis 2024, la direction du festival, menée par Tiago Rodrigues, encourage les projets hybrides. Silence en est un exemple emblématique, avec un budget de 250 000 euros, financé par le ministère de la Culture et la région Sud. Le spectacle doit partir en tournée en 2027, avec des dates prévues à la Philharmonie de Paris et au Théâtre de la Ville.
Des prolongements pédagogiques
En marge des représentations, un atelier intitulé "Corps et sons" a été proposé à 30 participants, animé par les interprètes de la pièce. Cet atelier, gratuit, visait à faire expérimenter au public les principes de Silence. Selon le bilan fourni par le festival, 90% des participants ont déclaré avoir modifié leur perception de la danse et de la musique.



