« Duel au soleil » : un western grandiose et contradictoire sur Arte
« Duel au soleil » : western grandiose sur Arte

Arte propose ce lundi 27 juillet à 20h55 le western mythique « Duel au soleil » (1946), signé King Vidor. Ce film, pensé à l'origine comme un petit projet RKO avec John Wayne et Veronica Lake, a pris une ampleur démesurée sous l'égide du producteur David O. Selznick, qui en a fait un monument du cinéma américain. Avec Gregory Peck, Jennifer Jones et Joseph Cotten, ce drame romantique mêle érotisme brutal et tensions psychologiques, le tout brossé dans un Technicolor flamboyant.

Un projet né de l'ambition de Selznick

David O. Selznick, le producteur d'« Autant en emporte le vent », réserva le rôle principal à sa future femme, l'éclatante Jennifer Jones. Elle incarne Pearl, une jeune métisse indo-américaine recueillie après la mort de ses parents par l'ancienne maîtresse de son père, épouse du riche propriétaire texan Jackson McCanless. Sa présence attise la rivalité entre les deux fils du clan : Jesse (Joseph Cotten), l'intellectuel, et Lewt (Gregory Peck), le cow-boy viril et impulsif.

Un tournage chaotique et une démesure créatrice

De réécritures compulsives en explosions de budget pharaoniques, « Duel au soleil » est un film-monstre. Officiellement réalisé par King Vidor, mais avec la participation (simultanée ou successive) d'une flopée de réalisateurs dont Josef von Sternberg et William Dieterle, il incarne une mégalomanie créatrice annonçant les expériences autocratiques de Francis Ford Coppola ou Michael Cimino. Le film « La Porte du paradis » (1980), sorti trente-cinq ans plus tard, lui doit beaucoup en termes d'ambition visuelle et de démesure industrielle.

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Une splendeur visuelle himalayenne

Visuellement, l'œuvre se hisse à un niveau himalayen. Les couchers de soleil rougeoyants, filtrés par le Technicolor, valent à eux seuls le déplacement. Les chevauchées de mille cavaliers dévalant des kilomètres de prairies alternent avec des mondanités fastueuses grouillant de figurants – l'ouverture phénoménale en est un exemple. Pourtant, dans ce gigantisme, le film cisèle un drame romantique à taille humaine, nimbé d'érotisme brut – Jennifer Jones ruisselle de sex-appeal sous le cagnard texan – et de mesquineries psychologiques. Freud aurait pu en faire son film de chevet.

Le portrait des contradictions de l'Amérique

C'est là que réside le miracle de « Duel au soleil » : brosser, en creux du grand spectacle et des turpitudes de ce ménage à trois, le portrait pointilliste des contradictions de l'Amérique. Le film aborde des thèmes comme le racisme (le personnage de Pearl, métisse, est victime de préjugés), la violence, la passion destructrice et les conflits de classe. Le western devient ainsi une parabole sur la construction de l'identité américaine.

Un casting au sommet

Le trio Peck, Cotten et Jones fonctionne à merveille. Gregory Peck incarne un cow-boy brutal mais séduisant, Joseph Cotten un avocat sensible et Jennifer Jones une femme tiraillée entre deux mondes. Leurs performances donnent toute sa force au drame. Le film, d'une durée de 2h15, reste un classique incontournable du genre.

Diffusion : Lundi 27 juillet à 20h55 sur Arte. Disponible en replay sur Arte.tv.

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