Un graphique qui a déconcerté les téléspectateurs
Faut-il avoir un doctorat en mathématiques pour décrypter un match de tennis ? La question a traversé l'esprit des téléspectateurs à chaque apparition furtive du fameux graphique sur le « suivi de performances » de fin de set tout au long de la quinzaine à Roland-Garros. À vous qui vous êtes senti bête en échouant à l'interpréter, sachez que vous n'êtes pas seuls : on a longtemps buté dessus.
Premier problème, le rapport complexité de l'écran/temps d'écran de l'image n'est clairement pas propice à l'analyse. Entre la courbe blanche, la courbe transparente, l'indice de performance, les scores et les pointillés, le nombre de données à traiter dans un temps imparti était insurmontable pour nos modestes cerveaux. Il fallait donc trouver un moyen de figer l'image. Une capture d'écran, quoi. Facile.
Comprendre le graphique : abscisse, ordonnées et interprétation
Il s'agit donc d'un graphique à une abscisse (le score) et deux ordonnées (l'indice de performance). La courbe suit l'évolution de la performance des joueurs à mesure que le jeu avance. Une interprétation possible est de dire que Zachary Svajda n'a pas su profiter de son temps fort au milieu de cette manche avant de connaître une baisse de régime coïncidant avec une élévation signification du niveau de jeu de Flavio Cobolli au moment de son break (4-3). Une dynamique qui se renforcera jusqu'au gain de la manche par l'Italien.
Quant aux pointillés, ils représentent les données de performance moyennes sur les tours précédents, offrant un référentiel par rapport au match en cours. On comprend que tant Svajda que Cobolli jouent en deçà de leur niveau moyen, sauf pour l'Italien en toute fin de set.
L'indice de performance : la métrique à la mode
Reste à percer le mystère de l'indice de performance. Qui est-il, d'où vient-il, que font ses parents, quelle est sa mission ? Enquête. Pour faire court, l'indice de performance est LA métrique à la mode. On le retrouve par exemple sur le site de l'ATP, celui-ci précisant que cette métrique se base sur d'autres sous-catégories comme les jeux de service, les jeux de retour, le taux de conversion des points sur des situations d'attaque ou de défense, la qualité de coup droit et la qualité de revers. L'indice est censé établir une hiérarchie sur la base de la qualité intrinsèque des joueurs sur les 52 dernières semaines. Sur le site de l'ATP, on découvre donc que Sinner est le meilleur joueur du monde devant Carlos Alcaraz, Novak Djokovic et Alexander Zverev. Arthur Fils est 12e.
Le « momentum », nouvel outil du tournoi
Pour revenir à notre petite histoire, le fameux graphique vu à l'écran pendant la quinzaine était une idée et une volonté du chef des équipes digitales de la FFT, de concert avec le partenaire du tournoi Infosys, société indienne de prestataire de services en informatique. Les deux parties ont par ailleurs contribué à développer une fonctionnalité pour l'application et le site de Roland-Garros nommée « Momentum », un chef-d'œuvre graphique dans la même veine que le précédent, la couleur en plus. Explications.
« On peut avoir un jeu blanc, un "15", ou encore une "égalité" (deuce), sans être confronté à une balle de break, ou bien on peut avoir ce qu'on appelle un "jailbreak" (jeu sauvé), où l'on fait face à plusieurs balles de break, mais on parvient tout de même à remporter le jeu, détaille le Vice-président senior, responsable du pôle Marketing d'Infosys, Navin Rammohan. Chacun de ces éléments contribue donc à ce ''momentum'' d'une certaine manière. Nous avons donc défini cela. »
Au tennis aussi, dominer n'est pas gagner
L'échelle de performance de 1 à 10 est ici remplacée par une échelle de 1 à 100 qui rappelle la possession de balle au football, mais l'idée reste la même, à savoir démontrer que le score peut parfois être décorrélé de la dynamique et que l'adage « dominer n'est pas gagner » peut s'appliquer au tennis. Rammohan : « Lors de nos premiers essais avec ce concept, nous avons constaté que, même si nous disions qu'un joueur avait le ''momentum'', il pouvait tout de même se faire breaker. Il nous a fallu un certain temps pour admettre que ce n'était pas une erreur. Un joueur peut avoir le momentum et se faire breaker malgré tout contre le cours du jeu. »
Aussi intéressantes soient-elles, ces données sont en premier lieu destinées aux personnes qui n'ont pas le match sous les yeux, comme nous le confirmeront les cadres d'Infosys en fin de discussion. Les spectateurs et téléspectateurs, eux, arriveront aux mêmes conclusions que le « momentum » avec un peu de bon sens. Pas besoin de courbe ou de graphique alambiqué, sauf à vouloir embrouiller le suiveur de tennis. Auquel cas c'est très réussi.



