« Cocotte » : un film hilarant et engagé avec une poule en star
« Cocotte » : une poule héroïne dans un film hilarant et engagé

On aurait sincèrement apprécié que « Cocotte », en salles ce mercredi, soit sélectionné dans l'une ou l'autre des sélections parallèles du 79e Festival de Cannes qui vient de se refermer : le film le méritait, et, surtout, cela nous aurait donné l'occasion de voir la poule héroïne du film défiler sur le tapis rouge.

Une héroïne à plumes

Car oui, comme son titre l'indique, la figure principale de ce long-métrage étonnant qui se déroule en Grèce est une gallinacée noire, tandis que tout le long-métrage est filmé à hauteur de poule — effets sidérants garantis pour le spectateur. L'entrée en matière pour notre cocotte s'avère spectaculaire : elle parvient à s'échapper, comme dans un film d'action, d'un redoutable élevage industriel qui ne tient guère compte, c'est peu dire, du bien-être des animaux, promis à être enfermés dans le noir pour pondre frénétiquement ou à finir découpés pour la consommation.

Notre héroïne, elle, réussit donc à s'enfuir, entamant un voyage rocambolesque où elle va emprunter clandestinement divers moyens de locomotion et faire de folles rencontres, dont une pleine de suspense avec un aigle. C'est finalement dans la gueule d'un chien qu'elle atteint sa destination finale : la cour d'un restaurant désaffecté. Le patron des lieux, un vieux dur à cuire plutôt sympathique, apprécie la cocotte car il dispose d'un poulailler où des coqs moches et excités vont sauter sans ménagement sur la malheureuse. Et puis, plus tard, l'arrivée d'un mâle dominant, playboy d'une beauté ravageuse, va changer les perspectives sentimentales et sexuelles de la poule, qui parallèlement ne cessera de lutter pour protéger ses futurs poussins. Ses œufs, donc…

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Hilarant et politiquement engagé

C'est tout ? Absolument pas, car le cinéaste hongrois György Palfi utilise non seulement les aventures de sa gallinacée noire mais aussi tout ce qui se déroule en arrière-plan pour signer un film social et militant sur les dérives de nos sociétés modernes. Le beau-fils du restaurateur, un crétin violent obsédé par l'argent, trafique tout ce qu'il peut, en particulier de malheureux migrants arrivés par la mer toute proche, en utilisant les hangars du restaurant pour planquer tant les marchandises que les êtres humains. Évidemment, tout cela va mal tourner quand un mafieux local va s'en mêler : la cocotte devra faire attention aux balles perdues…

Aussi hilarant que politiquement engagé, « Cocotte » s'avère, malgré un budget riquiqui, presque spectaculaire en ayant utilisé sur le tournage uniquement de vrais animaux (dont de nombreuses poules noires pour la seule héroïne). Ce faisant, il ridiculise de nombreux films récents hollywoodiens tels que « Wicked », qui eux nous assomment avec des animaux numériques vraiment pas réalistes, au contraire des héros de plumes et de poils de « Cocotte ».

Mieux, le cinéaste parvient à un petit prodige en mêlant, via les péripéties de son héroïne caquetante, plusieurs genres de cinéma : film d'aventures, comédie, drame, thriller, chronique sociale, romance (avec un coq, certes, mais qu'importe), film fantastique, éloge de la maternité, récit post-#MeToo prenant la défense de femmes victimes de la domination masculine… Pas mal pour une seule poule, d'autant qu'elle s'avère franchement attachante.

La note de la rédaction : 4/5

« Cocotte », comédie dramatique hongroise de György Palfi, avec Maria Diakopanayotou, Argyris Pandazara, Yannis Kokiasmenos… 1h37.

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