L'ancien footballeur star de Manchester United, devenu acteur, peintre et chanteur, est à l'affiche d'un documentaire consacré notamment à sa période anglaise, intitulé « Cantona », ainsi que d'un film, « Les matins merveilleux ». L'excuse parfaite pour parler avec le King.
Un documentaire intime sur le King
Le documentaire « Cantona », réalisé par David Tryhorn et Ben Nicholas, retrace le quinquennat anglais du joueur, ponctué de nombreux trophées mais aussi de frasques. Présenté en séance spéciale, il offre une plongée intime dans la vie d'un artiste et joueur hors norme, qui a toujours eu besoin de figures paternelles pour l'encadrer. Projeté en présence de ses parents, le film met surtout en avant le lien unique qui unit le joueur à Sir Alex Ferguson, l'entraîneur écossais mythique de Manchester United.
« C'est l'histoire de ma vie, c'est comme une tragédie : un mec qui se cherche, et un autre qui l'aide à se trouver. C'est presque un défi que s'était lancé Alex Ferguson. À un moment, il a voulu abandonner, mais sa femme l'a convaincu de continuer. Notre lien aurait pu être un scénario de film, ça aurait pu être une histoire d'amour », lance Éric Cantona sur la terrasse du Palais des Festivals.
La flamme perdue et les passions retrouvées
Contrairement à d'autres entraîneurs, Alex Ferguson n'a pas essayé de modeler ou de canaliser Éric Cantona ; il a compris, très vite, que le Français voulait être libre. C'est pour cela qu'en mai 1997, à 31 ans à peine et un nouveau titre de champion d'Angleterre en poche, Éric Cantona se retire du football. Sans prévenir.
« J'avais perdu la flamme, je l'ai senti très vite, rembobine Canto. Quand je sens un peu le vide, qu'il y a un espace pour que le diable vienne s'y loger, je ne supporte pas. J'ai vécu tellement de moments intenses en tant que joueur que sentir le moteur tourner au ralenti m'insupportait. C'est cette flamme qui m'a guidé parce que le football a été une passion, une drogue. Et le jour où je l'ai perdue… elle n'est jamais revenue. Ce qui m'a sauvé, c'est d'avoir d'autres passions. »
Acteur, chanteur, poète, peintre : Éric Cantona a parfaitement construit sa deuxième carrière. Cette aspiration à d'autres quêtes a permis à Cantona de mieux appréhender cette « petite mort », celle du sportif de haut niveau qui prend sa retraite.
« On a vécu des choses tellement intenses que, physiologiquement, le corps manque de cette adrénaline qu'on lui injecte régulièrement. Ça devient ensuite un problème psychologique. On plonge dans une dépression. Et le fait d'avoir d'autres passions, ça limite un peu la casse. »
Regrets et fierté
Cantona a sans doute des regrets : celui de ne pas avoir été sélectionné pour l'Euro 1996 en Angleterre, d'avoir été adulé outre-Manche plutôt qu'en France, ou d'avoir été traité d'« indéfendable » en Une de L'Équipe à la suite de son agression d'un supporter de Crystal Palace en janvier 1995. Mais l'artiste peut savourer le sillon qu'il a tracé en terre britannique.
« Quand j'arrive en Angleterre, il n'y a aucun Français, peu d'étrangers. On me regardait un peu avec mépris. Cela coïncide aussi avec l'arrivée des images du football anglais sur Canal + avec L'Équipe du dimanche. Et là, il y a un Français qui réussit dans un championnat dont on découvre les images en France, ça prend vite », se souvient-il.
L'amour comme clé
L'ancien enfant terrible du football français ne peut être un homme comme les autres. Cantona est un artiste, il l'a toujours été, peu importe le médium. « Je suis devenu sage parce que je prends conscience que je ne le suis pas », aimait-il dire à l'apogée de sa carrière. Finalement, Alex Ferguson a réussi à comprendre Éric Cantona comme personne, car il a suivi le conseil de Guy Roux : « Aime-le ».
« Et si tu lui donnes cet amour, il va donner sa vie en retour », conclut Éric Cantona. Au fond, derrière cette grande carcasse, cette voix rauque, ce charisme, se cache un être fragile, sensible, qui, trente ans après avoir raccroché les crampons, se retrouve au Festival de Cannes avec un documentaire et un film. On a connu pire reconversion.



