"L'autoroute de Compostelle". Voilà le surnom que certains journalistes et influenceurs ont attribué aux chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle ces dernières années. Lors de la période estivale, de larges flots de randonneurs déferlent sur la capitale de la Galice, dans le nord-ouest de l'Espagne. C'est là que se trouve leur graal : les pèlerins peuvent obtenir la Compostela, un précieux certificat attestant de leur périple, à condition d'avoir marché au moins 100 kilomètres jusqu'à la cathédrale.
Plus de 530 000 marcheurs l'ont obtenu l'année dernière, soit deux fois plus qu'en 2015. Les Espagnols représentent évidemment le plus gros contingent de marcheurs (environ 43 % en 2025), suivis des Américains et des Italiens. Loin de l'image du pèlerinage solitaire, dédié à la quête spirituelle et à l'introspection, les chemins de Saint-Jacques sont donc devenus une destination touristique à part entière, au grand désarroi des riverains qui subissent la flambée des loyers et le remplacement des commerces de bouche par des boutiques de souvenirs.
Une transformation radicale du paysage
L'afflux massif de pèlerins a profondément modifié les localités traversées. Les auberges et les hôtels ont vu leurs prix grimper, rendant le logement difficile pour les habitants. Les commerces traditionnels, comme les boulangeries et les épiceries, cèdent peu à peu la place à des échoppes vendant des articles souvenirs, des coquilles Saint-Jacques en plastique ou des t-shirts. Les riverains dénoncent une perte d'authenticité et une pression immobilière qui les pousse parfois à quitter leur village.
Des solutions pour un tourisme durable
Face à ce constat, des initiatives émergent pour réguler la fréquentation et préserver l'esprit du chemin. Des associations de pèlerins et des collectivités locales réfléchissent à des systèmes de quotas ou à la promotion de chemins alternatifs moins fréquentés. L'objectif est de concilier l'accueil des marcheurs avec la qualité de vie des résidents et la protection du patrimoine culturel et naturel.
Le chemin de Compostelle reste un itinéraire emblématique, mais sa popularité croissante impose une réflexion collective pour éviter qu'il ne devienne une simple attraction touristique dénaturée.



