Les monstres de la société coréenne dans le cinéma de Bong Joon-ho
Bong Joon-ho : les monstres de la société coréenne

TéléObs • Arte propose une rétrospective du cinéma de Bong Joon-ho, du thriller « Memories of Murder » à la satire sociale « Parasite », en passant par le monstrueux « The Host ». Une plongée dans les angoisses de la Corée du Sud contemporaine, disponible sur Arte.tv.

Un cinéaste sismographe des inquiétudes sud-coréennes

Il y a vingt-cinq ans, bien avant l’explosion de la K-pop, de la K-beauty et des K-dramas, le « K » était loin d’être une lettre magique synonyme de sophistication et de modernité. La Corée du Sud semblait un pays énigmatique, avec pour voisin belliqueux le dernier régime stalinien de la planète. Sorti en 2003 dans les salles françaises, le thriller « Memories of Murder », inspiré d’une histoire vraie, apparaissait alors comme un objet non identifié. Le nom du réalisateur, dont c’était tout juste le second film, sonnait comme une onomatopée : « Bong ». Ce trentenaire à lunettes, à l’allure d’étudiant, y mettait en scène la traque d’un tueur de femmes dans une campagne sombre et bouseuse des années 1980.

La dictature militaire en toile de fond

Le film s’inscrivait dans une période obscure pour la Corée du Sud, alors sous le joug de la dictature militaire du président Chun Doo-hwan (entre 1980 et 1988). À travers les crimes d’un être insaisissable, presque fantomatique, Bong Joon-ho exposait l’incompétence de la police de cette époque, incapable de protéger les citoyens face à un danger invisible. Cette critique implicite du régime autoritaire posait les bases d’un cinéma résolument politique et social.

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« The Host » : le monstre comme métaphore

Avec « The Host » (2006), Bong Joon-ho transforme un film de monstres en une allégorie des dérives de la modernité. Le monstre aquatique qui terrorise Séoul n’est pas seulement une créature génétique issue de la pollution américaine ; il symbolise aussi la négligence des autorités et la corruption. Le réalisateur y mêle habilement humour noir, drame familial et critique écologique, confirmant son talent pour mêler les genres.

« Parasite » : le sommet de la satire sociale

En 2019, « Parasite » consacre Bong Joon-ho sur la scène internationale, remportant la Palme d’or à Cannes et quatre Oscars. Ce film explore les inégalités criantes de la société coréenne à travers l’histoire d’une famille pauvre qui s’infiltre dans le foyer d’une famille riche. La maison, espace clos et hiérarchisé, devient le théâtre d’une lutte des classes où les apparences et les odeurs trahissent les différences. Bong y dépeint une société coréenne en pleine mutation, tiraillée entre tradition et capitalisme débridé.

Un parcours cohérent et engagé

De « Memories of Murder » à « Parasite », Bong Joon-ho n’a cessé d’explorer les monstres qui hantent la Corée du Sud : la dictature, la pollution, les inégalités. Chacun de ses films agit comme un sismographe des angoisses collectives, mêlant divertissement et critique sociale. La rétrospective proposée par Arte permet de redécouvrir l’évolution d’un cinéaste qui, en vingt-cinq ans, est passé de l’ombre à la lumière, tout en restant fidèle à sa vision acérée du monde.

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