Samuel Boulesteix : ses sculptures BD exposées à Angoulême
Sculpteur BD : Samuel Boulesteix à Angoulême

Samuel Boulesteix : des sculptures BD qui prennent vie à Angoulême

Le sculpteur royannais Samuel Boulesteix, spécialisé dans la réalisation de personnages de bande dessinée, a installé depuis plusieurs années son atelier à Saujon, en Charente-Maritime. Son travail est actuellement visible dans le hall de la Cité de la bande dessinée et de l'image, en Charente. « La toute première sculpture qui a vraiment lancé Boulesteix Collection, c'est Gaston », confie-t-il. Dans son interprétation, le célèbre gaffeur, seul garçon du bureau capable de s'endormir en sursaut, est représenté somnolant avec des documents sous le bras. Nous sommes en 2015, Samuel Boulesteix a déjà acquis une solide réputation, un parcours qui s'est affranchi des normes du para-BD (produits dérivés…) pour offrir aux collectionneurs des objets atypiques. Des tirages d'art alors réalisés à une poignée d'exemplaires, comme le Stryge de Richard Guérineau ou le fameux Méta-Baron issu de la saga de « L'Incal » de Jodorowsky et Moebius.

Son Gaston lui a permis d'exposer un savoir-faire, tant dans la restitution en sculpture d'une icône de la bande dessinée que dans la maîtrise du bronze composite, ce matériau qui offre à ses réalisations leur patine caractéristique. Son travail est aujourd'hui exposé pour plusieurs mois dans le hall du musée de la Bande dessinée d'Angoulême. Les sculptures de l'artiste charentais-maritime ont pris possession du hall du musée. Aujourd'hui quinquagénaire, il mesure le chemin parcouru, de ses premiers essais, au début des années 2000, avec l'univers de Simon Loche, ou avec l'Eustache du « Réseau Bombyce », création du dessinateur bordelais Cécil, au travail sur les plus célèbres franchises du monde de la BD. Le Gaston, plus qu'un galop d'essai, a agi comme un révélateur. Les 45 exemplaires, diffusés à 1 900 euros pièce, ont trouvé spontanément leur public. « Tout est parti en trois mois. C'est lui qui a impulsé le démarrage. »

Un champ d'exploration sans limites

Ce succès lui a ouvert des portes. Les éditeurs comme Dargaud, mais aussi Soleil ou Delcourt, « nous ont ouvert leurs catalogues ». « C'est comme ça qu'on a pu travailler sur 'Lucky Luke', 'Thorgal', 'Blake & Mortimer' ou 'Blacksad'… » Plus récemment, un contact a été établi avec les éditions Albert René, gardiennes du temple « Astérix », ce qui a permis à l'artiste de s'emparer de la silhouette si reconnaissable du plus célèbre des Gaulois du neuvième art. Les sculptures en bronze composite sont éditées en quantités volontairement limitées. Cet Astérix a été réalisé en 175 exemplaires. Comment naît un projet ? D'une envie, une fulgurance plastique, un regard sur le personnage… « L'idée est de s'approprier le personnage, apporter ma vision artistique, déterminer ce que je peux apporter plastiquement, sachant que souvent il y a déjà eu des choses de faites. Nous nous assurons également de l'intérêt des collectionneurs. Il faut être à la fois stratège, artiste et artisan d'art. »

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Une formule qui lui a réussi jusqu'ici. « Il y a en bande dessinée un véritable champ d'exploration. Tous les styles y sont représentés, l'éventail est très large, l'enjeu étant de s'y adapter, s'adapter aux différents univers, tout en proposant quelque chose de personnel. » Les éditeurs ont donné à Samuel Boulesteix un accès à leurs franchises. Ici le Marsupilami, Gaston, Lucky Luke, Rantanplan, Thorgal, où même le Rige, un des personnages phares de « La Quête de l'Oiseau du temps ».

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Trouver le personnage : un processus collaboratif

Le process est collaboratif. Un échange avec les auteurs lorsqu'ils sont encore là. Puis avec son vieil ami Cécil. « C'est un formidable dessinateur et un puits d'érudition sur la bande dessinée. Je le consulte de plus en plus. Son expertise est précieuse. » Tel le Fantasio réalisé il y a quelques années. « Le dessin original que l'éditeur m'a permis de prendre comme modèle montrait un personnage effrayé. Mais cela ne racontait pas ce qu'il est fondamentalement. Fantasio dégage une forme de timidité, un peu de mystère dans sa manière d'appréhender le danger, une note un peu plus ténue. Il devait en outre faire la paire avec un Spirou qui, pour sa part, était dans l'énergie. Cela créait un duo intéressant. Christophe [Cécil] a travaillé à réinterpréter le dessin de Franquin. »

Vient le temps du modelage. L'artiste, dans son atelier de la zone de la Roue, à Saujon (à 15 kilomètres de Royan), se saisit de l'argile, travaille sur armature, à l'ancienne. Entre 2D et 3D, les règles changent, un autre univers se dessine, une nouvelle énergie. « Je crée ensuite un plâtre, tout en réfléchissant aux différentes pièces, aux clefs d'emboîtement… » Tout doit être parfait. Et en lien constant avec les ayants droit, certains détails ne devant rien au hasard. « Si je rencontre un problème, que je ne règle pas, je vais l'imposer à toute mon équipe, autant de fois qu'il y a d'exemplaires… » Le prototype validé, le moule définitif est réalisé, qui permet de couler toutes les pièces. Elles sont confiées à un atelier d'insertion qui travaille à faire revenir le métal, à éliminer les coutures… « Elles rentrent ensuite chez nous pour tout ce qui est patines, collages, finitions… » Boulesteix Collection fait vivre aujourd'hui une dizaine de personnes.

Grandeur nature et pièces d'exception

Sur les étagères, des tirages numérotés d'Astérix ou du capitaine Francis Blake attendent de rejoindre leurs propriétaires. Plus d'une vingtaine de projets ont ainsi vu le jour au fil des ans. Avec des débouchés parfois surprenants. « Il nous arrive de travailler des pièces d'exception. Des pièces grandeur nature, réalisées à partir d'un agrandissement numérique. Nous avons créé ainsi un Gaston de près de deux mètres ! Je l'avais pensé pour de l'événementiel. Mais un collectionneur a souhaité l'avoir… » Un Lucky Luke a suivi. Ainsi qu'un Astérix aujourd'hui exposé à Angoulême. L'artiste le reconnaît lui-même, son art répond à une demande de niche, pour passionnés. Mais son travail est valorisé. Certaines pièces reviennent sur le devant de la scène par le biais de ventes aux enchères traditionnelles ou spécialisées. Avec des plus-values souvent importantes. Son Gaston, encore lui, a été adjugé à « plusieurs fois son prix d'origine ». « Mais cela reste une exception. Une sorte de comète… »

L'exposition « Métamorphoses héroïques » se tient jusqu'au 1er mars 2027 à la Cité de la BD et de l'image, quai de la Charente à Angoulême. Entrée gratuite. Du mardi au samedi de 11h à 18h et le dimanche après-midi de 14h à 18h. Jusqu'à 19h en juillet et en août. Plus d'informations sur www.citebd.org et www.boulesteix-collection.com.

Le bronze composite : un matériau de prédilection

L'utilisation du bronze composite est l'une des clefs du succès de Samuel Boulesteix. « Les gens se posent souvent la question. Il ne s'agit pas de fonderie d'art comme j'ai pu le faire par le passé. Nous utilisons ici du bronze mélangé à de la résine, coulé à froid. Il m'a fallu trouver la bonne formule pour obtenir la patine que je souhaitais donner à mes sculptures. » Une patine travaillée pièce par pièce en atelier, en usant de dégradés et de jeu de transparence, « avec un soin équivalent à celui apporté au bronze. » Les pièces Boulesteix Collection s'écoulent autour de 3 000 euros pièce.