Dans un entretien accordé au Point, le dessinateur Luz, connu pour son travail au sein de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, s'exprime sur la manière dont les attentats de janvier 2015 ont imprégné son œuvre. Il confie être "habité par les traces de ceux qui ne sont plus là", une phrase qui résume la profondeur de son engagement artistique et mémoriel.
Un traumatisme fondateur
Luz, de son vrai nom Renald Luzier, a survécu à l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, qui a coûté la vie à douze de ses collègues, dont les dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski. Cet événement a bouleversé sa vie et sa carrière. Il explique que la perte de ses amis et confrères a laissé une marque indélébile sur sa perception du monde et sur son travail de création.
L'auteur souligne que la bande dessinée est pour lui un moyen de faire face à ce traumatisme, mais aussi de rendre hommage à ceux qui ne sont plus. Il ne cherche pas à tourner la page, mais plutôt à vivre avec cette mémoire, à la transformer en matière artistique. "Je suis habité par les traces de ceux qui ne sont plus là", répète-t-il, insistant sur le fait que ces présences invisibles influencent chacun de ses gestes.
Un nouveau départ après l'horreur
Après l'attentat, Luz a quitté Charlie Hebdo, estimant ne plus pouvoir y travailler dans les mêmes conditions. Il s'est alors consacré à des projets personnels, notamment la bande dessinée "Catharsis", publiée en 2015, dans laquelle il revient sur les semaines qui ont suivi le drame. Il y décrit le choc, la sidération, mais aussi la nécessité de continuer à dessiner, comme un acte de survie.
Depuis, il a publié plusieurs ouvrages, dont "Indélébiles" (2021), qui explore la question de la mémoire et de l'oubli à travers le prisme des images de la presse. Son travail est souvent qualifié de sombre, mais il y voit plutôt une tentative de saisir la complexité du réel, sans fard ni concession. "Le dessin est une arme, mais aussi un refuge", explique-t-il au Point.
La mémoire comme matière première
Luz insiste sur le fait que la mémoire des disparus n'est pas un poids, mais une source d'inspiration. Il évoque la manière dont les voix de ses anciens collègues continuent de résonner en lui, guidant ses choix esthétiques et narratifs. "Chaque fois que je prends un crayon, je pense à eux", confie-t-il. Cette présence fantomatique est au cœur de son processus créatif.
Il précise que son travail n'est pas un deuil perpétuel, mais plutôt une célébration de la vie et de la liberté d'expression, valeurs pour lesquelles ses amis sont morts. En cela, il se perçoit comme un maillon d'une chaîne, héritier d'une tradition de dessin de presse qu'il entend perpétuer, malgré les risques. "Je ne suis pas un survivant, je suis un passeur", conclut-il.



