Jean Harambat explore la ruralité dans sa BD autobiographique « J'ai toujours rêvé d'être un fermier »
Harambat : une BD autobiographique sur la ruralité et l'Armagnac

Jean Harambat plonge dans ses racines rurales avec une nouvelle bande dessinée autobiographique

Le dessinateur landais Jean Harambat renoue avec le récit autobiographique dans son dernier album « J'ai toujours rêvé d'être un fermier », paru le 10 avril chez Dargaud. Cette œuvre intimiste explore son lien profond à la ruralité à travers la rénovation d'une bâtisse multicentenaire nichée en Armagnac, baptisée « La Bouyrie ».

Une maison comme fil conducteur d'une histoire familiale et rurale

L'auteur invite les lecteurs à le suivre au fil des saisons alors qu'il entreprend de retaper cette demeure historique. La maison devient le point de départ d'un récit plus vaste sur la vie à la campagne, créant des passerelles temporelles entre son projet familial actuel, son enfance dans une famille d'agriculteurs et le quotidien de ses aïeuls métayers et résiniers.

Les saynètes se succèdent pour planter le décor et présenter les personnages au rythme des travaux. « On est dépositaire de quelque chose. C'était là avant nous, ce sera là après nous », constate l'auteur, soulignant cette connexion entre passé, présent et avenir.

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Une réflexion sur la transmission et le progrès

Dans ce troisième album autobiographique, Jean Harambat s'éloigne délibérément du jugement sur un monde agricole « pris dans des injonctions contradictoires ». Il préfère camper une vie rurale « sans nostalgie » mais toujours ancrée dans la nature.

Le monde qu'il décrit est habité par des personnes modestes qui s'entraident, où la richesse réside dans le savoir-faire et la débrouille. En reprenant une toiture avec son père ou construisant des clôtures avec son voisin Jonas, l'auteur expérimente concrètement la thèse du philosophe Matthew Crawford sur l'intelligence du travail manuel.

Cette démarche s'oppose aux gestes et pratiques liées à ce qu'il appelle « notre société de consommation aliénante ». Il interroge ainsi la notion de progrès, citant le penseur Bernard Charbonneau : « Aujourd'hui on part à fond dans l'IA, mais pour quelle civilisation ? »

Un traitement graphique inspiré des estampes

Pour cet album, Jean Harambat a opté pour un dessin à la plume et au feutre en noir et blanc, colorisé par informatique avec des aplats et dégradés texturés. « J'ai travaillé en m'inspirant du style des estampes japonaises, mais aussi de celles d'Henri Rivière ou de l'américain Russell Chatham », explique-t-il.

Cette approche graphique permet de faire la part belle aux paysages, nombreux dans les cases ou en pleine page. L'auteur a conservé « le ciel et le sol qui habituellement sont retirés dans la BD pour concentrer l'image sur l'essentiel », offrant ainsi des horizons vastes et des arbres majestueux qui invitent à la contemplation.

Des détails qui parlent d'enracinement

L'album ne se contente pas de grandes perspectives. Jean Harambat s'attache avec malice et pudeur à des détails significatifs :

  • Un potager à agencer
  • Des outils étalés dans l'herbe
  • Une cafetière accueillante
  • Des palombes en plein vol
  • Une rose qui donne envie d'être caressée
  • Le renard qui a encore des choses à apprendre

Ces éléments contribuent à créer une atmosphère authentique et enracinée. L'ensemble donne envie de suivre l'auteur sur ce chemin tracé, non pas par un fermier, mais par quelqu'un de profondément attaché à ses racines et à la terre.

Après sa trilogie de fictions inspirées de la culture britannique (« La Pièce manquante » en 2023, « Le Detection club » en 2019 et « Opération Copperhead » en 2017, prix Goscinny 2018), Jean Harambat revient ainsi à ses premières amours autobiographiques, poursuivant une réflexion personnelle sur l'identité, la transmission et notre rapport au monde rural.

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