Derf Backderf dépeint la répression brutale des dessinateurs américains en 1917
Derf Backderf : la répression des dessinateurs en 1917

Dans sa nouvelle bande dessinée Les Dissidents, l'auteur américain Derf Backderf met en lumière un épisode méconnu de l'histoire des États-Unis : la répression brutale de dessinateurs de presse en 1917, sous le couvert de l'Espionage Act. L'ouvrage, publié en français aux éditions Presque Lune, se concentre sur le sort de plusieurs artistes emprisonnés pour leurs caricatures jugées subversives en temps de guerre.

Un contexte de guerre et de censure

En 1917, les États-Unis entrent dans la Première Guerre mondiale. Le gouvernement de Woodrow Wilson adopte l'Espionage Act, une loi qui criminalise toute critique de l'effort de guerre. Les dessinateurs de presse, souvent satiriques, sont particulièrement visés. Backderf s'intéresse à quatre d'entre eux : Robert Minor, Art Young, John Sloan et Boardman Robinson, tous membres du mouvement socialiste ou anarchiste.

Selon l'historien Paul Buhle, cité dans l'ouvrage, « ces artistes ont été les premières cibles d'une campagne de répression qui a visé des centaines de personnes ». Backderf explique dans une interview avoir voulu « montrer comment la peur et le patriotisme peuvent conduire à des abus de pouvoir ». Il s'appuie sur des archives judiciaires et des témoignages pour reconstituer leurs procès.

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Des peines de prison pour des dessins

Les peines sont sévères : Robert Minor écope de six mois de prison pour un dessin représentant la statue de la Liberté tenant un livre intitulé La Guerre. Art Young, lui, est condamné à deux ans de prison pour une caricature montrant un capitaliste dictant ses ordres au président Wilson. Leurs procès sont expéditifs, et la liberté d'expression est bafouée.

Backderf souligne que « ces dessinateurs n'étaient pas des espions, mais des critiques politiques. Leur seul crime était d'avoir utilisé leur crayon pour dénoncer l'injustice ». L'ouvrage détaille les conditions de détention, souvent humiliantes, et l'impact sur leur carrière après la guerre.

Un parallèle avec l'actualité

L'auteur établit un parallèle avec les récentes attaques contre la presse aux États-Unis. « En 1917, on emprisonnait les dessinateurs. Aujourd'hui, on les licencie ou on les menace de poursuites », déclare-t-il. Il cite l'exemple de la caricature de Charlie Hebdo ou les poursuites contre des blogueurs en Iran.

La bande dessinée, qui mêle archives et fiction, a reçu un accueil critique favorable. Le journal The New York Times la qualifie de « rappel nécessaire des dangers de la censure en temps de guerre ». En France, l'éditeur Presque Lune mise sur un tirage initial de 10 000 exemplaires.

Un travail de mémoire

Derf Backderf, connu pour son précédent ouvrage Mon ami Dahmer, consacre ici un travail de mémoire à des figures oubliées. Il espère que Les Dissidents servira de « leçon pour les générations futures sur l'importance de défendre la liberté d'expression, même quand elle dérange ».

L'ouvrage est disponible en librairie depuis le 17 juillet 2026, au prix de 24 euros. Il comprend 240 pages, dont un dossier documentaire de 20 pages avec des reproductions des dessins originaux.

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