Première Gay Pride à Bordeaux en 1996 : souvenirs militants
Première Gay Pride à Bordeaux : souvenirs de 1996

Ils étaient organisateurs ou de simples festivaliers. Des témoins de la première Gay Pride de Bordeaux, le 15 juin 1996, évoquent leurs souvenirs de cet événement joyeux mais toujours politique.

Une arrivée tardive à Bordeaux

Il y a trente ans, le Premier ministre Alain Juppé venait de s’installer à la mairie de Bordeaux. Alors qu’à Paris, les manifestations pour les droits des personnes homosexuelles commencent dès 1971, soit un an seulement après les premières marches de Los Angeles et de New York, il aura fallu attendre plus de deux décennies pour que la Gay Pride, comme on l’appelle à l’époque, arrive dans la capitale girondine. La première Gay Pride de Bordeaux, le 15 juin 1996, s’appellera par la suite Marche des fiertés.

Des souvenirs vivaces

Georges Giraud-Bass, secrétaire de l’association For'Hommes, qui coorganise l’événement avec Sapholles, se remémore : « On était 200 au départ, place de la Comédie, mais environ 1 500 à l’arrivée, à la Victoire. Trois ou quatre chars, des ballons, des sifflets et de la musique techno à donf ! J’étais fier. » Étonnamment, il était contre cette première marche : « Je pensais que si on faisait ce genre de manifestation ici, dans une ville de province et de droite, cela ne pouvait que nuire à l’image des homosexuels. »

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Georges se rappelle un groupe de jeunes d’une vingtaine d’années qui voulaient participer, mais sans être reconnus. « Déguisez-vous », leur lance-t-il. Et les voilà maquillés et perruqués, se mêlant à la fête. « C’était génial de voir ces gamins hyper excités, hyper contents, grimper, dire au monde qu’ils étaient homosexuels. J’étais content parce que les autres étaient contents. Mais, en ce qui me concerne, j’ai vécu des choses extrêmement difficiles en tant que secrétaire. Il y avait des problèmes de gestion du personnel et d’argent liés à l’organisation de la marche », rapporte-t-il.

La peur d'être reconnu

Pour Christophe, autre membre des Zaînés du Girofard, l’association LGBTQIA+ de Bordeaux qui a repris l’organisation de la Marche en 2017 après vingt ans de gérance par la Lesbian & Gay Pride, « il y avait beaucoup de joie à cette première marche et une forme d’inconscience. Ce qui m’avait frappé, c’est le regard des gens du samedi, qui faisaient leurs courses, je ne sais pas si c’était un regard désagréable. En fait, c’était une première pour nous, mais pour le public aussi. »

Bordeaux, ville bourgeoise, a mis du temps à accueillir la marche des Fiertés à cause du « poids social et politique », justifie Georges. « Des Bordelais faisaient la marche de Paris, qui était beaucoup plus grande, beaucoup plus anonyme, mais pas celle de Bordeaux. Parce qu’ils avaient peur encore d’être repérés par des collègues ou des voisins », développe Jean-Christophe Testu, qui n’était que festivalier en 1996. Plus tard, dans les années 2000, il s’engagera pour la cause à la Maison de l’homosocialité, rue Paul-Bert, qui était le premier centre LGBT de la ville.

Jean-Christophe se souvient de réunions avec la mairie où il n’a pas entendu de discours très accueillant au début : « Un élu nous disait “vous allez le faire, votre carnaval”. On le reprenait à chaque fois : “Non, c’est un défilé militant, pas un carnaval”. » Lui ne parle pas d’hostilité de la rue. « Le mot serait trop fort, mais il y avait quand même des regards pas cool, des gens qui fermaient leurs fenêtres quand le défilé passait, des choses comme ça. J’y suis allé, même si je pouvais ressentir des visages clos, beaucoup plus que maintenant », décrit Jean-Christophe qui fut aussi président du Girofard pendant dix ans.

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Une tradition des débuts

Des souvenirs de la marche de 1996, Cyril en a peu. Lui qui les a toutes faites. « Je n’en ai pas loupé une en vingt-neuf ans, même pendant mon service militaire, j’avais mon week-end, je suis venu », dit l’homme engagé depuis 1992. Pour cette trentième édition, Cyril aimerait que la marche renoue avec une tradition de ses débuts : la minute de silence en hommage aux déportés homosexuels. « Pendant des années, il y avait une minute de silence avec dépôt de gerbe aux monuments des déportés, parce qu’on ne pouvait pas le faire en même temps que les autres associations de déportés, puisque les homosexuels étaient au bas de l’échelle, même au sein des autres déportés. J’aimerais qu’on le fasse cette année. En tout cas, les Sœurs vont tout faire pour. »

Les Sœurs ? Les personnages du Couvent de la Perpétuelle Indulgence, une association classée dans la catégorie « arts de rue » et attachée au devoir de mémoire, à la prévention, à la charité, à la visibilité et au non-jugement des personnes LGBTQIA+. Les Sœurs font aussi des confessions, avec ou sans cornette. En bref, elles font « passer des messages sérieux en déconnant à mort », résume-t-il.

Cyril préside le Couvent et lors de manifestations, il incarne Sœur Marie Couche-toi là. « Pour cette marche, mon discours de Sœur va être politique puisque c’est la dernière avant les prochaines élections législatives et présidentielle. » Sa prise de parole et sa bénédiction sont prévues entre 13 heures et 14 heures, le samedi 30 mai, place des Quinconces.

Les soutiens de 1996

Les participants à cette première marche sont surtout des humanitaires et des associations : la Ligue des droits de l’homme, Act-up, Asau, Brin d’amour, Aides Aquitaine, Sida Info Service, le Cacis, le Planning Familial, Solidarité Positive et Idem de Pau, G2L des Landes, les Périgourdins, ceux d’Euskadi… Mais aussi, « c’est important de le dire », des commerces. « Comme le bar le BHV, à côté de la mairie, dont le patron s’appelait Patrice. Il nous a beaucoup soutenus », rappelle Georges Giraud-Bass, qui fut premier secrétaire de For'Hommes, association coorganisatrice de la première Gay Pride.

Le programme du Mois des fiertés 2026 à Bordeaux

À Bordeaux, le départ de la Marche se fera à 14 heures place des Quinconces. Les festivités se poursuivront du 4 au 30 juin avec des soirées, shows, spectacles, jeux, ateliers et des expos retraçant les trente éditions de la Pride bordelaise.

Le 4 juin, à partir de 18 h 30, rendez-vous cour Mably pour le vernissage de l’exposition de photos d’archives, suivi d’une table ronde sur le thème de « est-ce que c’était mieux avant ? » (entrée libre). Paul Bureau, assistant à l’organisation du Girofard, qui a participé au choix des images, dit avoir été marqué par l’évolution des slogans qui suit celle de la société : « Au début, en France, on parlait de la protection des personnes atteintes du VIH SIDA et de la lutte contre la sérophobie. Puis, il y a eu des affiches avec “Lesbienne, gay, bi, on existe”. On voit bien que les Pride tentent de mettre l’accent sur les personnes qui sont le plus victimes au sein de notre communauté. En ce moment, par exemple, il y a énormément d’attaques sur les personnes trans. »

Retrouvez tout le programme du Festival des fiertés à Bordeaux sur bordeaux.fr et le-girofard.org.