Julien Favreau : faire danser une génération qui n'a pas connu Béjart
Julien Favreau : faire danser une génération qui n'a pas connu Béjart

Julien Favreau, directeur artistique du Ballet Béjart Lausanne depuis deux ans, présente le programme "Béjart et nous" ainsi que "L'Oiseau de feu" et "Boléro" le vendredi 10 juillet dans les arènes de Nîmes. Ancien danseur de Maurice Béjart, il a accepté la direction sans hésiter malgré l'effroi initial, après 30 ans de carrière marquée par des blessures. "Je ne voulais pas laisser tomber les 40 danseurs, mes collègues", confie-t-il.

Un héritage préservé et transmis

Favreau explique qu'il n'a pas cherché à imposer une révolution, mais à faire évoluer la compagnie en invitant des chorégraphes et en remontant des ballets de Maurice Béjart tombés dans l'oubli depuis 10, 15 ou 20 ans. "Je n'ai pas forcément ma touche personnelle, j'essaie de recréer ces ballets sur scène comme Maurice les a imaginés", précise-t-il. Il insiste sur l'importance de transmettre l'esprit de Béjart à une génération qui ne l'a pas connu : "On est une équipe artistique de quatre personnes à avoir travaillé directement avec lui. Tout ce qu'on a reçu, absorbé, avalé, entendu, on le transmet."

L'essence de Béjart : générosité et exigence

Favreau se souvient de Maurice Béjart comme "quelqu'un de très généreux, très pointu et très exigeant dans le studio, mais très humain aussi en dehors du travail". Il partage avec les danseurs les lectures que Béjart lui conseillait et les replace dans le contexte historique des œuvres, comme pour "Messe pour le temps présent" créé en 1967, qu'il relie à l'esprit de révolte de Mai 68. "Ce sont des choses qu'ils ont besoin d'entendre", ajoute-t-il.

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Un programme éclectique aux arènes de Nîmes

Le spectacle "Béjart et nous" propose un voyage à travers le répertoire contrasté de Béjart, mêlant danse indienne de Bhakti, jerks de Pierre Henry et ballets classiques de Mozart. Favreau souhaite que le public "découvre ou revoie certains ballets et prenne conscience de la largesse et de la richesse du répertoire". Ensuite, "L'Oiseau de feu" sera présenté dans une version avec un final flamboyant où le phénix est accompagné de petits oiseaux. Quant au "Boléro", sa mise en scène épurée met en scène une table rouge, 36 chaises et 36 garçons torse nu autour d'un danseur ou d'une danseuse en transe pendant 15 minutes.

La modernité intemporelle de Boléro

Créé en 1961, le "Boléro" reste moderne selon Favreau, notamment parce que le solo de la Mélodie peut être dansé par un homme ou une femme. Actuellement, trois interprètes féminines se préparent, et deux nouveaux danseurs sont en formation. "C'est un geste très moderne, il n'y a que deux pas différents", souligne-t-il. Le défi mental et physique est immense : la mémorisation est compliquée car la mélodie est toujours la même, et le danseur doit être attentif à chaque instrument. Le leitmotiv, appelé "position du chameau", revient 12 ou 14 fois.

Souvenirs personnels de Favreau

Favreau a dansé le rôle du phénix dans "L'Oiseau de feu" et se souvient avec émotion du costume académique rouge avec un bandeau sur la poitrine : "Quand je l'enfilais, je me sentais fort, puissant." Dans le "Boléro", il évoque la transe et le dépassement de soi : "À la fin, on meurt, mais il faut vraiment mourir, après avoir tout donné." Il se rappelle également avoir dansé aux arènes de Nîmes en 2002 dans le ballet "Lumière", un hommage aux frères Lumière où il incarnait le clown blanc. "Ce sont des lieux magiques, des moments importants, inoubliables, chargés d'émotion", conclut-il.

Le spectacle aura lieu le vendredi 10 juillet à 21h aux arènes de Nîmes. Les tarifs vont de 57 € à 135 €.

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