Ce mercredi 15 juillet, la diva malienne Fatoumata Diawara se produit à Jazz à Juan, à la Pinède Gould, avant Goran Bregovic. Dans une interview, elle évoque son nouvel album « Massa », sa complicité avec Matthieu Chedid, son père, le cinéma et cette énergie communicative qui fait d’elle l’une des grandes voix africaines d’aujourd’hui.
« Massa », l’album d’une renaissance
« Massa », son 4e album sorti en juin chez No Format !, signifie « l’Éternel » en bambara. Mais derrière cette référence se cache une renaissance pour l’artiste de 44 ans. « Tout change dans ma vie. Mes enfants grandissent, j’ai une nouvelle équipe, un nouveau tourneur. J’entre dans un nouveau cycle », confie-t-elle. Une métamorphose habillée de bleu électrique, couleur qui orne la pochette et ses costumes. « Il représente le ciel, l’univers. »
Fatoumata Diawara ne cherche pas à délivrer un message ésotérique. Ce qui l’intéresse, c’est le lien avec son public. Elle chante dans sa langue, mais l’émotion passe partout dans le monde. « Ça m’arrange que les spectateurs ne comprennent pas tout… Ils imaginent. Ils rêvent. On se fait confiance. Je ne me demande pas ce que les gens vont comprendre. Je me demande ce que je peux leur transmettre. » Pour elle, une chanson est d’abord une vibration. « Le corps réagit avant le cerveau. »
Matthieu Chedid, son complice musical
Sa complicité avec Matthieu Chedid irrigue aussi sa musique. Les deux artistes se rencontrent en 2013 lors d’Africa Express, le projet imaginé par Damon Albarn (Gorillaz), avant de vivre l’aventure Lamomali. Déjà présent sur « Fenfo » (2e album sorti en 2018), son « frère » -M- produit aujourd’hui « Massa » et l’accompagne à la guitare, basse et batterie, dans un disque où les sonorités maliennes croisent pop, funk, jazz et rock.
Au milieu de cet opus rayonnant, une chanson serre la gorge : « Tati Bakary », dédiée à son père disparu. « Au départ, c’était juste un clin d’œil entre lui et moi. Je voulais garder cette douleur intime. » Le public en a décidé autrement. Chaque soir, ce morceau devient un temps fort du concert. « Tout le monde a perdu quelqu’un. Les gens s’y retrouvent. »
Chanter les blessures sans perdre le sourire
Si Fatoumata Diawara chante la famille, les blessures ou les orphelins, elle refuse de s’installer dans la douleur. Son histoire, marquée par un mariage forcé auquel elle échappe à 18 ans ou par l’excision qu’elle dénonce depuis des années, nourrit une musique lumineuse. « Je veux être le miroir de celles qui souffrent. Leur montrer qu’on peut réécrire son histoire. » Son engagement dépasse les frontières africaines. « Ce que je fais, c’est pour toutes les femmes. »
Cette force s’incarne aussi dans son apparence. Les coiffes, les cauris, les étoffes ne relèvent jamais du simple décor. « Aller sur scène, c’est entrer dans un monde. » Son goût du costume remonte à l’enfance. Son père confectionnait des tenues de cérémonie pour elle. Puis le cinéma et son vestiaire fou ont complété cet imaginaire. Adolescente, elle tourne dans « La Genèse », de Cheick Oumar Sissoko et fait son premier Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard en 1999. Elle prête sa voix à la sorcière de « Kirikou », s’illustre dans « Timbuktu », d’Abderrahmane Sissako, puis dans « Yao », aux côtés d’Omar Sy. « Au cinéma, chaque costume raconte quelque chose. Sur scène, c’est pareil. »
Un concert à Jazz à Juan
Impossible de savoir déjà quelle tenue elle enfilera ce mercredi. Elle décide toujours au dernier moment, selon l’endroit, la lumière… et son humeur. « Si je suis en pleine forme, ce sera des couleurs claires. Si une mauvaise nouvelle est arrivée, peut-être plus foncé. » Une chose est certaine : cette magicienne de la scène aura de l’enthousiasme en stock. « En concert, j’aime surtout être un enfant ! »
Fatoumata Diawara (suivie de Goran Bregovic). Mercredi 15 juillet à 20h30. Jazz à Juan à la Pinède Gould. De 10 à 46 euros la place. Rens. jazzajuan.com/ En concert aussi le 9 octobre au Théâtre Lino Ventura à Nice.



