Daniel Mourre : 4 400 œuvres d'art nées de la rouille des plaques d'égout
Daniel Mourre : 4 400 œuvres nées de la rouille des plaques d'égout

Le plasticien Daniel Mourre, installé à Frontignan depuis 1998, a créé 4 400 œuvres réparties en cinquante séries, toutes inspirées par l'empreinte de plaques d'égout et la propagation de la rouille. Il dévoilera cet ensemble le 4 décembre prochain dans son nouvel atelier, baptisé Atelier Da.Mour, situé 17 boulevard de la République à Frontignan.

Une révélation en 2009 au salon Maison & Objet

En 2009, alors qu'il arpente les allées du salon Maison & Objet à Paris, Daniel Mourre remarque sur la moquette l'empreinte des plaques d'égout cachées en dessous, imprimée par le piétinement de milliers de visiteurs. « J'ai un œil qui cherche. Tout retient mon attention et m'interroge », confie-t-il. Ce déclic bouleverse son regard sur le monde, sur l'art et sur son devenir.

Dès lors, la plaque d'égout s'installe durablement au centre de son existence et de son travail. Il récupère les moquettes où s'est gravée l'empreinte de chaque plaque, qui devient « son objet totem » et une source inépuisable de réflexion sur la disparition de l'art.

Le Finitisme, un manifeste pour la fin de l'art

Daniel Mourre interroge la fin de l'art : « Les philosophes expliquent que l'art disparaît parce qu'il se transcende. Mais que devient l'art quand celui qui le crée et celui qui le contemple disparaissent ? Moi, je vais plus loin. Soit il devient un art événement, soit une trace, un fossile, autrement dit une empreinte. Si tout s'écroule, il ne restera donc que ce qui est souterrain. »

La plaque d'égout figure pour lui une « ouverture entre le haut et le bas, le beau et le laid, la vie et la mort, le clair et l'obscur » et une allégorie de l'homme. « C'est un objet qui concentre tous les extrêmes et avale le monde. C'est là où tout finit », ajoute-t-il.

La rouille comme alerte sur l'impact humain

Sur les moquettes rapportées du salon, il dépose des plaques d'égout et laisse la rouille se propager naturellement, pendant une semaine à quarante-cinq jours selon la teinte recherchée. « La propagation représente, pour moi, l'impact de l'homme sur son environnement. Cet impact me révolte, car il est inadmissible qu'une espèce comme la nôtre, qui a la possibilité de faire évoluer les choses, ne fait que détruire son environnement. Mon art est comme une alerte pour signaler que si l'on continue de la sorte, on va droit au mur », souligne-t-il.

Il détourne des rebuts et déchets abandonnés – tissus, tôles, toiles, sacs de congélation de légumes, cartons, plâtres – pour en faire ses supports. Travaillés avec diverses techniques artistiques dont il garde le secret, ils révèlent l'empreinte de la rouille, créant des cartographies inédites avant de migrer du sol aux murs des salles d'exposition.

Un atelier-manifeste et l'IA comme muse

Prolixe, l'artiste vient de rédiger un manifeste artistique, forgeant de nouveaux noms dont le Finitisme, dénomination qu'il donne à son travail pour exposer la fin de l'art. « C'est l'IA qui m'a soufflé le manifeste, car je n'ai de cesse de la questionner depuis trois ans sur la fin de l'art. Je l'ai donc beaucoup nourri entre mes questions et mes réflexions », avoue-t-il.

L'ouverture des portes de l'atelier Da.Mour, le 4 décembre, à Frontignan, 17 boulevard de la République, marquera une étape dans ce parcours singulier. L'empreinte, ce qui subsiste quand tout a disparu, pourrait bien annoncer un début.