Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux s'enflamment pour une histoire d'amitié entre deux des footballeurs les plus suivis au monde : Erling Haaland et Jude Bellingham. Sur TikTok et Instagram, les montages vidéo montrant des bisous sur la joue, des câlins et des accolades entre les deux stars se multiplient, devenant un véritable phénomène viral. Ces micro-interactions, bien que banales en apparence, suscitent une vague d'admiration et de nostalgie chez les internautes, qui se remémorent leurs matchs sous les mêmes couleurs. Bienvenue dans la bromance Haaland-Bellingham, le phénomène qui réconcilie (presque) tout le monde pendant cette Coupe du monde.
Un défi aux codes sociologiques
Deux garçons montrant leur amitié devant les caméras du monde entier ne devrait pas créer un tel événement. Pourtant, depuis quelques jours, même si Haaland et Bellingham se sont affrontés sur le terrain (victoire 2-1 des Three Lions), on ne parle pas de leur performance sportive mais de leur relation sur les réseaux sociaux. Les deux stars, qui se connaissent depuis des années, n'ont jamais hésité à afficher leur proximité, ce qui, dans le monde encore très traditionnel du football, relève presque d'un exploit. Pour Alice Raybaud, autrice de Nos puissantes amitiés (éd. La Découverte), cet engouement s'explique par la transgression des schémas de construction sociale. « Les petits garçons apprennent très tôt qu'ils seront valorisés s'ils arrivent à être entourés de nombreux potes masculins, mais sans se montrer trop intimes avec eux, explique-t-elle. Il faut faire partie du club des garçons. Mais cela suppose aussi de ne montrer aucune vulnérabilité dans leurs liens de camaraderie, car le partage d'émotions ou de tendresse physique est associé à des comportements féminins, que la société présente comme inférieurs. »
Un besoin de tendresse et de modèles
Si entre elles les femmes peuvent montrer leurs sentiments, les relations entre hommes doivent souvent rester en surface pour suivre les normes de virilité. Cette bromance ultra-visible entre deux hétérosexuels pourrait servir d'exemple pour une génération qui souhaite s'affranchir de ces codes. Alice Raybaud souligne la difficulté pour les hommes à exprimer leur besoin de tendresse : « Avec les deux joueurs, on s'en émeut, on s'en étonne. Certainement parce qu'on a trop peu l'occasion de voir des hommes se faire des accolades affectueuses, filmées et retransmises, et en particulier dans le sport masculin, où la performance de la virilité est de mise, et où tout geste pouvant faire penser à une potentielle homosexualité est encore un péril pour la carrière. » Pourtant, s'embrasser et se serrer dans les bras peut faire du bien à tout le monde, même aux hommes.
L'amitié, une valeur tendance
Cette bromance fascine et est célébrée parce qu'elle est perçue comme authentique, virile et tendre. Lors de leur confrontation sur le terrain, tous les regards étaient braqués sur eux pour assister à leurs retrouvailles. Leur histoire d'amitié n'est pas sans rappeler le carton des new-romance sportives, où les bandes de garçons sont liées par une passion commune et une histoire d'amour comme intrigue principale. Le trope de la bromance est « très présent dans notre pop culture. Pendant longtemps, elle a même été la seule représentation vraiment visible de l'amitié dans la fiction, qui met généralement les relations amicales au second plan », juge Alice Raybaud. Dans la littérature, ces liens entre hommes sont de plus en plus racontés, comme en témoigne le succès de la série Off Campus.
Un antidote à la masculinité toxique
Dans un football souvent critiqué pour l'ego des joueurs, son individualisme et sa masculinité toxique, cette amitié tactile, sincère et sans filtre fait office d'antidote et de bouffée d'air frais. Pour Alice Raybaud, la surreprésentation des deux footballeurs sur les réseaux sociaux montre « la soif que nous avons de parler d'amitié ! Il y a un peu un revival de l'amitié ces dernières années, dans des textes en librairie comme sur les réseaux sociaux, et c'est beau à voir, pour cette relation trop longtemps reléguée au second plan. » Haaland et Bellingham nous rappellent qu'au milieu des transferts à 100 millions d'euros et des ego surdimensionnés, une belle amitié reste plus importante que le football.



