François Boisrond redonne de la noblesse à notre environnement dégradé
Que l'on soit de droite ou de gauche, il est impossible d'ignorer la dégradation esthétique qui affecte notre cadre de vie. Nos paysages sont aujourd'hui marqués par les infrastructures routières, les péages d'autoroute et une multitude de panneaux de signalisation. La distinction autrefois nette entre l'élégance urbaine et le désordre champêtre des cultures comme le colza s'est estompée dans ces espaces hybrides, les zones périurbaines, qui grignotent toujours plus de terrain. Même le cœur de nos plus belles villes n'est pas épargné, avec des perspectives d'avenues obstruées par des publicités lumineuses fonctionnant jour et nuit.
Un peintre qui s'empare de la réalité changeante
Au XXe siècle, hormis Edward Hopper, de nombreux peintres se sont détournés de la représentation de la réalité environnementale, préférant explorer l'abstraction avec Mondrian ou l'expressionnisme avec Picasso. François Boisrond, lui, renoue avec cette tradition en portant un regard neuf et passionné sur notre monde en mutation. Son œuvre, comme le tableau « Centrale nucléaire de Penly » (2025), témoigne de cette démarche.
Avec une approche esthétique délibérément apolitique, Boisrond relève le défi de rendre belles et singulières les laideurs les plus communes de notre quotidien. Il magnifie ainsi le littoral industriel où trône la centrale nucléaire de Penly, ou encore la banlieue de Caen, dont le viaduc projette sur l'eau une ombre élégante, rappelant le style d'Albert Marquet.
Le défi de sublimer le trop-beau
Mais la tâche la plus ardue pour un artiste comme Boisrond n'est peut-être pas d'embellir une banlieue ingrate, mais bien de redécouvrir la beauté perdue de sujets devenus des clichés. Les animaux sauvages, les couchers de soleil, tant reproduits qu'ils en ont perdu leur éclat, représentent un véritable défi pictural.
En parcourant ce que les architectes nomment les « ouvrages d'art », Boisrond s'attaque à des icônes comme la tour Eiffel, la station d'Avoriaz 1800 ou le Mont-Saint-Michel. Grâce à une générosité du regard, une inventivité technique et une attention sincère, il parvient à nous faire oublier les innombrables cartes postales qui ont altéré leur beauté spectaculaire.
L'apogée d'un art transformateur
À 66 ans, François Boisrond atteint le sommet de son art. Il réussit l'exploit de créer du beau à partir de la laideur de notre territoire, mais aussi à partir du « trop-beau » de nos représentations stéréotypées. Son exposition « Ouvrages d'art » à la Galerie Maïa Muller, au 31 rue Chapon dans le 3e arrondissement de Paris, est à découvrir jusqu'au 30 avril. Elle invite à une réflexion profonde sur notre perception de l'environnement et la capacité de l'art à le réenchanter.



