Benjamin Morel, l'expert constitutionnel qui dévoile ses influences culturelles
Lorsque le brouillard institutionnel s'épaissit, c'est vers lui que les médias se tournent pour l'éclaircir. Depuis plusieurs années, et particulièrement depuis la dissolution chaotique de juin 2024, Benjamin Morel est devenu une figure incontournable des plateaux télévisés, des studios de radio et des colonnes de la presse écrite. Le maître de conférences en droit public est régulièrement sollicité pour décrypter les subtilités de notre Constitution. Mais derrière l'expert se cache un homme aux références culturelles riches et variées, qu'il dévoile aujourd'hui avec générosité.
Les fondations d'une passion pour l'histoire
Les premières lectures de Benjamin Morel remontent à l'adolescence, avec une période heroic fantasy marquée par la découverte de Tolkien. « Les premiers livres que j'ai vraiment dévorés, c'est Tolkien », confie-t-il. « J'avais une période heroic fantasy assez marquée au collège, et j'ai dévoré Le Seigneur des anneaux – je l'ai même relu pendant mes partiels de deuxième année. » Ce qui le passionnait alors était moins le caractère héroïque que la découverte d'un monde recréé de toutes pièces, une approche qui a conditionné son amour pour l'histoire.
Son parcours intellectuel a suivi une trajectoire singulière : « Mon parcours a suivi une ligne assez droite : les dinosaures, puis l'Égypte, puis Napoléon par le biais de la campagne d'Égypte, puis la Révolution française, et de là la compréhension des institutions. Je suis entré en politique par l'histoire. Pour moi, la politique, c'est l'histoire en train de se faire. »
Des influences cinématographiques et musicales éclectiques
Du côté cinématographique, Jurassic Park a marqué son enfance : « Comme tous les gamins de l'époque, ça a été Jurassic Park. J'avais environ cinq ans, c'était en 1993. Ça a nourri une passion pour les dinosaures qui ne m'a pas quitté pendant plusieurs années. » Plus tard, c'est La Liste de Schindler qui l'a profondément bouleversé : « C'est le seul film devant lequel j'ai pleuré, et je continue à le trouver extraordinaire – pas seulement pour son message, mais pour la façon dont il se construit. »
Musicalement, Benjamin Morel avoue une prédilection pour le rock des années 1960 à 1980 : « J'écoute beaucoup de rock des années 1960, 1970 et 1980 : les Rolling Stones, les Beatles, ce genre de choses. J'ai eu il y a longtemps une vraie période Rolling Stones. Je me suis mis à la guitare au lycée, j'avais les cheveux longs, je voulais ressembler à Mick Jagger. » Mais la chanson qui résonne le plus en lui reste Mistral Gagnant de Renaud : « C'est probablement l'une des plus belles œuvres de la chanson française. »
Des œuvres fondatrices et des références intellectuelles
Parmi les livres qui ont marqué son parcours, l'Histoire de la Révolution française de Jules Michelet occupe une place particulière : « Il faut en revenir à la Révolution française, c'est là que tout se synthétise. J'offrirais l'Histoire de la Révolution française de Michelet. » Mais c'est L'Histoire politique du monde hellénistique d'Édouard Will qu'il a le plus relu : « Un gros pavé de près de 1 200 pages sur la période qui va de la mort d'Alexandre à la conquête romaine. Ce livre me fascine. »
Pour comprendre comment une démocratie peut basculer, il recommande deux ouvrages : « Hitler. Essai sur le charisme en politique d'Ian Kershaw, et Béhémoth. Structure et pratique du national-socialisme de Franz Neumann – un livre fondamental, encore trop peu connu en France. »
Des plaisirs coupables et des figures d'inspiration
Benjamin Morel avoue un attachement particulier pour la série Stargate SG-1 : « C'est ma madeleine de Proust – ça rejoint ma passion d'enfant pour l'Égypte, et d'une certaine manière, ça l'a encouragée. » Un plaisir qu'il assume pleinement, même s'il précise : « Je ne vais pas dire à mes étudiants que je regarde ça. Enfin si, en fait, parce que je n'en ai pas honte. »
La figure historique qui l'inspire le plus sur la question du pouvoir est Marc Aurèle : « Marc Aurèle, c'est les principes confrontés au réel. Il y a deux façons de concevoir la politique : le pouvoir sans principes, et le doctrinaire rigide qui essaie de faire entrer le réel dans la théorie, ce qui ne marche jamais. La force de Marc Aurèle, c'est d'avoir conjugué une structure intellectuelle exigeante – le stoïcisme, philosophie du renoncement, pas du pouvoir – avec la nécessité de gouverner un empire. »
Une vision personnelle de la culture et des institutions
Interrogé sur la Ve République, Benjamin Morel répond avec humour : « Les collègues prendront ça comme ils veulent mais la Vénus de Milo : parfaite, mais amputée. » Quant à l'œuvre qu'il choisirait pour son panthéon personnel, c'est vers la peinture qu'il se tourne : « On n'a pas parlé de peinture, mais malgré tout, pour ce que ça dit des institutions, de l'histoire révolutionnaire et de la France, ce serait La Liberté guidant le peuple de Delacroix. »
Ces révélations culturelles dévoilent un homme dont la pensée s'est construite à la croisée de références populaires et savantes, d'œuvres contemporaines et classiques. Un parcours qui explique sans doute pourquoi Benjamin Morel parvient à rendre accessibles les questions constitutionnelles les plus complexes, en puisant dans une culture aussi vaste que diversifiée.



