Potiers en difficulté : « Il faut parfois compléter avec le RSA »
Potiers en difficulté : « Il faut parfois compléter avec le RSA »

Ce week-end à Menton a lieu le 7ᵉ marché international méditerranéen de la céramique sur l’esplanade Francis-Palmero. Les artisans talentueux ont pu témoigner de leur passion et des craintes sur leur métier. Ce dimanche, le marché se poursuit avec une dizaine de nationalités présentes.

Sur l’esplanade Francis Palmero de Menton ce samedi 23 mai 2026, avait lieu la première journée du Marché international méditerranéen de la céramique. Sous les barnums, les visiteurs ont déambulé entre bols tournés, vases émaillés, grès cuits au feu de bois, porcelaines délicates et pièces sculptées. Mais devant un stand qui mettait à l’honneur les agrumes de Menton, un homme glisse à sa compagne une phrase que l’on entend souvent dans les ruelles artisanales : « Mais comment font-ils pour en vivre ? ». Et en effet, la question mérite d’être posée, tant la réalité s’éloigne de l’image romantique du potier derrière son tour.

Des difficultés économiques persistantes

« C’est difficile », résume d’emblée Stéphane Montalto, Meilleur Ouvrier de France potier. « L’activité a baissé, en partie à cause des importations chinoises. Les grandes sociétés ont disparu, le métier subsiste grâce aux petits artisans. » Selon le président de l’association Potiers Méditerranée, organisateur de l’évènement, certaines spécialités sont particulièrement menacées. « Ce sont surtout les tourneurs, ceux à qui l’on donne une forme à réaliser et qui doivent la reproduire encore et encore. »

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« Pour beaucoup, il n’y a que la passion pour nous guider », lance Tiago Chevalley, céramiste franco-argentin, installé derrière ses créations aux teintes cuivrées. Tiago Chevalley en est à sa quatrième année d’activité. Sa spécialité : des pièces en grès chamotté sous cuites et de l’oxyde de cuivre pour teinter ses céramiques. Comme pour plusieurs artisans, « il faut compléter avec le RSA, sinon on ne s’en sort pas. J’ai déjà fait des marchés à perte, mais la céramique, c’est toute ma vie. »

Un métier exigeant et méconnu

Cette précarité est d’autant plus marquante que la fabrication d’une céramique ne se résume pas au moment spectaculaire du tournage, celui notamment mis en valeur ce samedi, lors du concours de potiers. « Avant d’arriver au tournage, il y a beaucoup d’étapes », explique Ann Xhrouet, qui fabrique avec son mari des objets de cuisine mêlant terre cuite et bois. « Il y a tout un travail en amont qui est énorme : préparer la terre et les émaux, organiser l’atelier, planifier les cuissons, gérer les stocks… » D’autant que chaque étape comporte ses risques : fissures, déformations, défauts de cuisson… « On doit tout faire », confirme Clémence Bienvenu, la vingtaine, la plus jeune céramiste de la journée. « Il faut aussi vendre, communiquer, gérer l’administratif », poursuit celle qui vient tout juste de lancer son activité à Toulon.

L’essor des réseaux sociaux, un piège pour certains

De la peau à la terre, il n’y a qu’un pas, et Sophie Sarramégna l’a franchi. Avec ses inspirations « Tim Burtonienne », elle est passée de tatoueuse à artiste sur céramique. Paradoxalement, jamais le métier n’a été aussi visible. Depuis plusieurs années, les vidéos de tournage et de modelage connaissent un succès fulgurant sur les réseaux sociaux. Pour certains artisans, cette exposition constitue une opportunité. « Les réseaux sociaux ont un bon impact sur le métier », estime Jana Bahor, venue de Slovénie avec son mari pour exposer leurs créations. « Ils permettent d’atteindre des clients partout dans le monde. Avec un simple QR code, on devient une boutique mondiale. »

Mais cette visibilité a son revers. « Avec le Covid, il y a eu une explosion d’intérêt », observe Ann Xhrouet. « Le problème, c’est que les gens trouvent immédiatement des réponses sur internet. Ils reproduisent des techniques sans forcément expérimenter. Pourtant, il existe des milliers de façons de travailler la terre. Chacun doit trouver son style. » Clémence Bienvenu partage ce constat. « Les réseaux nous mettent en valeur, c’est indéniable. Mais cela banalise aussi notre métier. Les gens ont l’impression que c’est simple. Pour être vraiment bon, il faut au moins dix ans. »

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Nouvelles technologies : entre opportunités et craintes

Cette même ambivalence apparaît lorsqu’il est question des nouvelles technologies. Pour Stéphane Montalto, l’impression 3D en terre possède un réel intérêt créatif. « Elle est intéressante pour des pièces que l’on ne peut pas tourner, tout ce qui n’est pas rond. Mais pour la production, c’est encore trop lent. » Ann Xhrouet reste plus réservée. « Beaucoup d’outils nous dispensent aujourd’hui de certains savoir-faire. Centrer sa terre sur le tour, c’est l’une des plus grandes difficultés du métier, mais aussi tout son intérêt. Désormais, certaines pinces permettent de le faire à notre place, c’est dommage. »

Malgré tout, les artisans des céramistes persistent à faire tourner et cuire leur terre. Ils sont encore présents ce dimanche 24 mai 2026 sur l’esplanade Francis-Palmero pour les présenter au public.