L'écrivain et cinéaste Philippe Claudel, membre de l'académie Goncourt, a choisi de s'isoler dans une cabane de jardin pour écrire. Dans le cadre de la série « Envers mon endroit », il confie que ce lieu est devenu son « annexe nihilo », un espace où il peut se soustraire au bruit du monde et se consacrer à la création. « C'est un endroit où je ne suis pas chez moi, mais où je suis moi-même », explique-t-il.
Un refuge pour la création
La cabane, située dans le jardin de sa maison en Lorraine, est un modeste abri en bois, équipé d'une table, d'une chaise et d'une étagère. C'est là que l'auteur de « Les Âmes grises » et de « Le Rapport de Brodeck » a écrit plusieurs de ses œuvres. « Je viens ici tous les jours, même quand je n'écris pas. C'est un lieu qui m'appelle », dit-il.
Pour Philippe Claudel, cette cabane est une manière de se recentrer. « Dans une maison, il y a toujours quelque chose à faire : le téléphone, la cuisine, les enfants. Ici, il n'y a rien. Juste le silence et la lumière qui change », décrit-il. Il y trouve une concentration rare, loin des distractions domestiques.
Un espace de dépouillement
L'écrivain insiste sur le caractère dépouillé de son refuge. « Il n'y a pas d'électricité, pas d'eau. Je m'éclaire à la bougie quand il fait sombre. C'est une forme de retour à l'essentiel », raconte-t-il. Cette simplicité volontaire lui permet de se confronter à la page blanche sans artifice.
Cette « annexe nihilo », comme il la nomme, fait écho à son œuvre, souvent habitée par la question du vide et de l'absence. « Écrire, c'est faire exister quelque chose là où il n'y avait rien. La cabane est le lieu de ce passage du rien à l'être », analyse-t-il.
Une inspiration pour ses lecteurs
Cette cabane de jardin, loin d'être un simple détail biographique, est devenue un symbole pour ses lecteurs. Philippe Claudel reçoit régulièrement des lettres de personnes qui, inspirées par son exemple, ont aménagé leur propre refuge. « On me raconte des cabanes dans les arbres, des ateliers au fond du jardin, des coins de bureau aménagés. Cela me touche énormément », confie-t-il.
L'écrivain y voit une aspiration plus large à la lenteur et à la solitude, dans une époque qui va trop vite. « Nous avons besoin de lieux où le temps s'arrête, où l'on peut se retrouver. La cabane est un de ces lieux », conclut-il.



