Figurante à Monaco : dans les coulisses d'Amour, gloire et beauté
Figurante à Monaco : coulisses d'Amour, gloire et beauté

Ce mardi, à 6 heures tapantes, sur la plage privée du Neptune Monaco Beach, deux journalistes ont rejoint l'équipe de tournage du soap le plus regardé au monde, Amour, gloire et beauté, de retour en principauté après un précédent tournage en 2017. Au programme : plusieurs scènes de cinq nouveaux épisodes, du 9.838 au 9.842.

Une convocation au dress code précis

La veille, l'attachée de presse du festival a transmis le message de la production : « Dress code : plage + casual chic, couleurs claires, c'est l'été. » Le Neptune étant aussi un restaurant avec terrasse, l'une des journalistes a interprété cela comme une tenue estivale de bord de mer, tandis que sa collègue Fiona a opté pour une tenue de plage plus appropriée.

À l'arrivée, le verdict tombe : « Tout le monde en maillot de bain ! » L'une des journalistes bricole alors un paréo de fortune avec un foulard. Le restaurant s'est transformé en loge improvisée où les figurants se changent. Les journalistes signent une autorisation de diffusion de leur image, tandis que les figurants, eux, ont signé un contrat en bonne et due forme. Beaucoup se connaissent et se saluent, signe d'habitués de la figuration qui se retrouvent d'un tournage à l'autre. Sur une table, une immense panière de pains au chocolat et des litres de café attendent les figurants.

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Ils ont candidaté via une petite annonce, avec portrait et photo en pied, sans savoir pour quelle série. « Je me doutais que ce serait pour Amour, gloire et beauté. Ils tournent souvent à Monte-Carlo », glisse l'un d'eux. L'ambiance évoque Alerte à Malibu : tout le monde est jeune, bronzé, sculpté. Les journalistes ont l'impression de faire tache dans le casting.

Une équipe réduite et une mécanique précise

Dehors, entre les transats aux coussins blancs et les parasols, des câbles serpentent jusqu'à trois caméras sur trépied. Un immense écran de toile blanche domine la plage : un diffuseur pour adoucir la lumière du soleil. Un drone survole la Méditerranée turquoise, où un yacht mouille au large, comme placé là par la production.

L'équipe américaine est étonnamment réduite. « On est douze en tout, acteurs compris. Tout le reste est recruté localement », explique Sean Smith, photographe officiel de la série et coordinateur de ses contenus numériques. « On apporte un peu de Hollywood, et les techniciens locaux nous montrent ce qu'ils savent faire. Ils connaissent la lumière, les lieux », détaille-t-il.

Des cocktails sans alcool sont distribués, avec une consigne : ne pas trop en boire, sous peine de poser des problèmes de raccord. Quand le tournage démarre, la mécanique est impressionnante de précision. « On va faire une répétition, s'il vous plaît. » « On va faire un clap. » « Silence, s'il vous plaît. Moteur demandé. » Les ordres fusent en français et en anglais. Même les figurants sont dirigés avec soin, certains déambulant sur le sable selon une chorégraphie précise, déclenchée d'un signe de la main d'un des assistants réalisateurs.

Les coulisses de la figuration

Entre deux prises, une discussion avec un voisin de transat apprend qu'il a récemment fait de la figuration dans The White Lotus, tourné quelques semaines plus tôt sur la Côte d'Azur. Beaucoup sont des habitués, nombreux rêvent de devenir comédiens. Le cachet est de 120 euros brut pour huit heures de tournage, environ 95 euros net. Le figurant déplore aussi que les heures supplémentaires, fréquentes, sont difficiles à se faire payer, et un sexisme persistant de certains techniciens envers les figurantes.

Kimberlin Brown, l'interprète de Sheila, la méchante la plus iconique du soap, fait son entrée dans une tunique bohème et un immense chapeau de soleil. Face à elle, Jacqueline MacInnes Wood (Steffy), en robe à motifs, donne la réplique. Tanner Novlan (Finn), chemise ouverte et script à la main, complète le trio. Dans ces épisodes, Steffy et Finn reviennent à Monaco, où Sheila, la mère de Finn, vient perturber leur parenthèse romantique.

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La prise est répétée encore et encore. « Sheila, Sheila, oh my god, you're here ! » À chaque fois, Jacqueline MacInnes Wood assène la réplique avec la même intensité, le même timing. Le professionnalisme est impressionnant, et le jeu volontairement exagéré des acteurs de soap en vrai est assez drôle.

Une matinée de tournage intense

Un insert sur le pied de Sheila est tourné, et un simple plan de pied prend un temps considérable. Le réalisateur Casey Kasprzyk met tout autant de soin à arranger une serviette dans le cadre. « L'attente, c'est ce que les acteurs connaissent le mieux », glisse un technicien. Plus la matinée avance, plus la chaleur monte. Des bouteilles d'eau circulent, avec une mise en garde très ferme : pas question qu'elles apparaissent dans le champ, une référence au gobelet Starbucks oublié dans Game of Thrones.

À 9 heures, les journalistes sont déplacées et reçoivent enfin des indications : l'une doit remonter de la plage, Fiona marcher vers la mer. L'une se cache derrière les plantes de la terrasse du Neptune, pour donner l'impression d'avoir réellement quitté la plage. La voilà accroupie derrière un bac de verdure, en foulard-paréo, figurante invisible d'une série regardée par des millions de téléspectateurs.

Entre deux prises, Kimberlin Brown, tout sourire, confie : « I can think of worse places to be » (« On a connu pire comme lieu de travail »). Puis elle s'éclipse : « I have to go kill him now » (« Je dois aller le tuer, maintenant »).

Il est bientôt 10 heures. L'équipe enchaînera sur la promenade du Larvotto, puis sur le parvis de Sainte-Dévote l'après-midi, trois décors en une seule journée. Les journalistes, elles, filent : le festival continue et d'autres interviews les attendent. Une seule question reste en suspens : seront-elles coupées au montage ?