Didier Saba : trente ans de carrière de verrier à Antibes ce samedi
Didier Saba fête ses 30 ans de verrier à Antibes

Publicité « Je me sers de mes lacunes pour en faire une qualité » : ce célèbre verrier fête ses trente ans de carrière à Antibes ce samedi. Installé aux Casemates depuis 2016, Didier Saba célèbre, samedi 20 juin 2026, ses trente ans de carrière en tant qu’artisan verrier, à Antibes. Un parcours jalonné de crises dont le quinquagénaire a toujours su se relever, avec courage.

De la vaisselle utilitaire aux pures œuvres décoratives, Didier Saba propose de tout dans son atelier. Avec ses moustaches en croc, à la manière d’un Salvador Dalí, le souffleur de verre Didier Saba accueille les nombreux visiteurs dans son monde translucide, situé derrière les murs de ses casemates, à Antibes. Un univers bien à lui, peuplé de formes ondulantes et colorées, dont l’originalité n’a rien à envier à celles du grand maître. Voilà trente ans que ses poumons insufflent, sans relâche, l’air dont ses sculptures ont besoin pour venir au monde.

« Mon parcours n’étant pas classique, il a fallu que je trouve mon style, livre celui qui a d’abord fait ses armes dans le journalisme et la musique. Je me suis servi de mes lacunes pour en faire une qualité. C’est souvent d’un défaut qu’on arrive à créer une pièce originale. »

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« J’ai commencé, dès 1995, à aider mon père avec le verre »

Le goût du métier dans lequel il a pourtant trempé avec son célèbre papa, Marcel Saba, lui vient plutôt tardivement, à 26 ans, après avoir échoué, au sortir du service militaire, à trouver une place dans un journal sur la Côte d’Azur. « J’ai donc commencé, dès 1995, à aider mon père, et à travailler le verre. C’est l’année suivante que j’ai définitivement pris la décision d’arrêter de chercher dans mon métier de formation », confie-t-il, animant en parallèle quelques soirées comme DJ pour se faire un peu d’argent. Très vite, il part quelques mois peaufiner sa technique auprès d’un verrier à Réclainville, près de Chartres (Eure-et-Loir).

Le jeune artisan d’art d’alors écumera, dans un premier temps, les communes voisines : Vallauris jusqu’à l’aube des années 2000, puis Biot, capitale du verre, où il s’établit à son compte. Le travail acharné finit par payer et le succès grandit pour ses pièces en verre, exposées lors de salons de vente. L’apothéose survient avec la mise en place des Nuits du Feu, un spectacle organisé durant l’été et les fêtes de fin d’année, où le verre est soufflé dans la pénombre, uniquement éclairé par la matière en fusion sur un fond de musique et de jeux de lumière.

De crise en crise : « Tous les dix ans, il m’arrive un truc ! »

Son parcours n’aura pourtant rien d’un long fleuve tranquille. Loin de là. Didier Saba en plaisante même aujourd’hui : « Tous les dix ans, il m’arrive un truc ! » La première catastrophe, et pas des moindres, survient le 3 octobre 2015, alors que l’artisan d’art a déménagé au pied du village de Biot, huit ans plus tôt : « On prend deux mètres d’eau lors des inondations. Le préjudice est évalué à 60 000 euros de dégâts, mais on est assurés uniquement à hauteur de 4 000. Par chance, le four est à peu près épargné, mais on a eu beaucoup de pertes matérielles et de pièces cassées. »

Autrement dit, le verrier a un genou à terre. Avec beaucoup de courage, et bien que grevé par les charges d’un fonds de commerce qu’il n’a pas fini de rembourser, Didier Saba parvient, avec l’aide de ses parents, à reprendre son activité en avril de l’année suivante. Mais, cette fois-ci, c’est décidé, l’aventure se poursuivra à Antibes. Là-bas, une casemate d’artiste lui est proposée par la Ville. Le rêve, si le sort n’avait pas décidé de s’acharner une nouvelle fois : « À peine commencions-nous à nous relever que le Covid est arrivé… » Six nouvelles années de dettes sont alors sur le point d’avoir raison de son entreprise, tandis que la crise énergétique – qui fracasse la filière verrière – s’y ajoute par-derrière.

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« J’aurais pu choisir la facilité, tout revendre et arrêter »

« On arrive tout juste à l’équilibre depuis avril », souffle Didier Saba, qui étrille l’idée que vendre de l’art rime forcément avec fortune. Et d’illustrer : « Je préfère vendre cent pièces à 20 euros et toucher cent personnes, ou faire des dons à des organismes, plutôt que de faire des pièces exceptionnelles inabordables – même si ça m’arrive d’en faire. »

Au milieu de ses créations fantasques – poissons, champignons ou flacons, son objet signature –, l’homme ne regrette pourtant absolument rien : « J’aurais pu choisir la facilité, tout revendre et arrêter. » Pourquoi ne pas l’avoir fait ? « C’est l’envie, et surtout mes salariés. Je me suis toujours battu d’abord pour eux. » Et c’est aussi pour eux qu’il fêtera ses trente ans de carrière samedi 20 juin, dès 18 heures, au 58, boulevard d’Aguillon. Un événement ouvert à tous, suivi d’un verre de l’amitié.