Face à l’intensification des sécheresses et des canicules, l’architecte Philippe Rahm appelle à repenser la conception des villes en s’inspirant du cactus. Dans une tribune publiée par Le Monde, il défend l’idée de « villes cactus », capables de stocker l’eau et de réduire la chaleur, une réponse concrète aux défis posés par le changement climatique.
Une approche inspirée du monde végétal
Philippe Rahm, connu pour ses projets mêlant architecture et climatologie, propose de transposer les mécanismes du cactus à l’urbanisme. Le cactus, explique-t-il, a développé des stratégies pour survivre dans des environnements arides : il stocke l’eau dans ses tissus, réduit sa surface d’évaporation et crée des microclimats. Appliqués à la ville, ces principes pourraient se traduire par des bâtiments à forte inertie thermique, des systèmes de récupération d’eau de pluie et des espaces publics ombragés.
L’architecte souligne que l’adaptation n’est plus une option, mais une nécessité. « Il faut aujourd’hui construire des villes cactus », insiste-t-il, appelant à abandonner les modèles urbains du XXe siècle, conçus pour un climat tempéré et devenus inadaptés.
Des solutions concrètes pour le bâtiment et l’espace public
Parmi les pistes évoquées, Philippe Rahm cite l’utilisation de matériaux à changement de phase, capables d’absorber la chaleur pendant la journée et de la restituer la nuit, ou encore la création de cours intérieures végétalisées. Il préconise également de repenser l’orientation des bâtiments et d’intégrer des dispositifs passifs de ventilation naturelle.
L’architecte critique les solutions technologiques lourdes, comme la climatisation généralisée, qui aggrave le phénomène d’îlot de chaleur urbain et consomme de l’énergie. À la place, il prône une approche bioclimatique, qui s’appuie sur les ressources locales et les cycles naturels.
Un appel à la mobilisation des décideurs
Philippe Rahm ne se limite pas à des recommandations techniques ; il interpelle les élus et les urbanistes. Selon lui, les normes actuelles de construction doivent être révisées pour intégrer ces principes, et les projets d’aménagement doivent anticiper les conditions climatiques futures, et non pas seulement celles d’aujourd’hui. Il cite l’exemple de villes méditerranéennes, déjà confrontées à des étés extrêmes, où des solutions comme les « rues canyon » (rues étroites et ombragées) pourraient être généralisées.
Cette tribune s’inscrit dans un débat plus large sur l’adaptation des territoires au changement climatique. Alors que la France a connu des épisodes de canicule record ces dernières années, la proposition de Philippe Rahm offre une piste concrète pour rendre les villes plus résilientes, sans attendre une hypothétique solution globale.



