Le 7 juillet 2026, une guitare électrique unique a rejoint les voûtes de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Fabriquée à partir d'une poutre en chêne massif partiellement calcinée, retrouvée dans les décombres de l'incendie du 15 avril 2019, elle a été remise à l'établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris par le maître artisan luthier Jonathan Berg, après plus de 1 000 heures de travail.
Une commande symbolique pour valoriser le savoir-faire français
Selon Philippe Jost, président de l'établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, cette collaboration était une évidence : « Il y avait une évidence dans cette collaboration. » Avec cette guitare, l'équipe souhaitait mettre en lumière l'excellence du savoir-faire artisanal français. L'instrument apporte une note inédite au cœur de la reconstruction, où les métiers d'art jouent un rôle majeur depuis le début des travaux.
Cette guitare est le fruit d'une rencontre entre les Ateliers Perrault, qui ont restauré les deux beffrois de la cathédrale, et Jonathan Berg, fondateur de Berg Guitares. Le défi était de taille : transformer une poutre calcinée en un instrument d'exception.
Plus de 1 000 heures de travail pour une pièce d'orfèvre
Jonathan Berg a expliqué à 20 Minutes que l'idée est venue peu après l'incendie : « J'avais envie de faire revivre cette pièce de bois qui avait une très forte symbolique patrimoniale. Et je souhaitais également rendre hommage aux artisans bâtisseurs. » La pièce de bois originelle, une épaisse lame de plancher en chêne massif datant probablement du XIXe siècle, a nécessité des centaines d'heures d'élaboration et de création, sans doute plus de mille.
Le soin méticuleux s'est également porté sur le motif en feuilles de laiton qui orne l'instrument. Inspiré de la rosace sud de Notre-Dame de Paris, il associe des techniques ancestrales de marqueterie et de gravure laser. L'instrument, 100 % français, est exceptionnel à plus d'un titre.
Un son dense et magique selon le guitariste d'Orelsan
Eddie Purple, guitariste d'Orelsan et collaborateur de longue date de Jonathan Berg, a testé la guitare. Il s'enthousiasme : « Elle sonne dense, avec un son claquant comme une couleur. » Il décrit l'instrument comme assez lourd, comparable à une Gibson, avec un sustain infini : « C'est le côté magique de la résonance de l'instrument. »
Une guitare destinée à être jouée, pas à être muséifiée
Philippe Jost a précisé que la guitare « n'a pas vocation à rejoindre un musée ». Au contraire, « elle va connaître une vie, elle est faite pour être jouée, être à la disposition de musiciens qui pourront s'en saisir et donner le retentissement au travail réalisé sur la cathédrale et au travail de Jonathan ». Des idées de concerts fleurissent déjà.
Jonathan Berg a confié que cette expérience exceptionnelle lui a permis de « mettre à jour » sa réflexion sur l'artisanat et le savoir-faire, sur « tout ce qui est lié au travail manuel pour lequel le temps est incompressible, alors que le monde s'accélère et se numérise ». Donner du temps au temps : c'est sans doute l'une des plus belles partitions que cette guitare symbolisera, et certainement pour longtemps.



