Le rosé pâle, icône des rooftops et des bords de piscine, marque le pas. Après une ascension spectaculaire en vingt ans, sa croissance est au ralenti. Face à la standardisation d'un marché dominé à plus de 85% par des vins de soif, une autre voie semble possible : celle d'un vin plus respectueux des sols.
L'essor du rosé pâle et son essoufflement
Né dans les années 2000 avec le modèle provençal – à peine coloré et marqué par des arômes de pamplemousse –, le rosé pâle représente aujourd'hui environ 10% des volumes de vins vendus dans le monde, soit 18,5 millions d'hectolitres consommés en 2023 selon le dernier rapport de l'Observatoire mondial du Rosé. La France demeure le premier consommateur mondial avec 31% des volumes engloutis. Cette couleur se situe à la deuxième place des vins préférés des Français, derrière le rouge mais devant le blanc, avec une part de marché de 35% de l'ensemble des vins bus dans l'Hexagone.
Mais depuis 2022, sa croissance piétine face à une forte hausse de sa production (+35% des volumes entre 2012 et 2020), conjuguée à une déconsommation globale du vin. Cette tendance sonne-t-elle le glas des vins de soif rosés ? Conçu selon un modèle industriel ultratechnologique, ce profil de vin peu complexe reflète davantage une œnologie de précision que l'expression du terroir sur lequel ont poussé les raisins. Sa pâleur, associée à tort à un faible taux d'alcool, a séduit les consommateurs en quête de légèreté, mais la standardisation du goût et l'uniformisation des couleurs commencent à lasser.
Vers un rosé de terroir
Pour contrer cette tendance, certains producteurs misent sur un rosé plus coloré, plus structuré, issu de cépages traditionnels et de sols préservés. « Nous assistons à un retour aux sources, explique Rachelle Lemoine, journaliste spécialisée. Les consommateurs sont de plus en plus exigeants sur la qualité et l'origine des vins. » Des domaines comme le Château Galoupet, à La Londe-les-Maures, expérimentent des méthodes plus respectueuses de l'environnement, avec des rendements limités et des vinifications moins interventionnistes. Ces rosés, souvent plus foncés, affichent des arômes de fruits rouges et une acidité plus marquée, rappelant les vins de Provence d'antan.
Cette évolution pourrait redonner des couleurs à un marché en perte de vitesse. Selon l'Observatoire mondial du Rosé, la part des rosés de terroir, bien que minoritaire, progresse de 5% par an. Si la tendance se confirme, le rosé pourrait bien retrouver une diversité perdue, entre vins de soif et vins de garde.



