Dans son dernier ouvrage "Virus : la menace invisible" (éd. Hygée), le professeur de virologie Yannick Simonin, chercheur à l'Université de Montpellier et à l'Inserm, alerte sur l'impact du changement climatique sur l'émergence de maladies virales. Selon lui, des virus exotiques pourraient toucher l'Occitanie plus tôt que prévu, en raison de phénomènes climatiques extrêmes.
Le changement climatique favorise l'émergence virale
Yannick Simonin explique que l'adaptation au changement climatique affaiblit notre organisme et notre système immunitaire, nous rendant plus vulnérables aux infections. "À long terme, de nouvelles maladies virales liées au changement climatique vont émerger", prévient-il. Les phénomènes comme l'alternance de sécheresses sévères et de fortes pluies favorisent la concentration et le brassage de virus chez les animaux, avant qu'ils n'atteignent l'homme.
Le virologue souligne que les moustiques, vecteurs de maladies, sont présents plus tôt et plus tard dans l'année. "Avec des températures plus élevées, les virus se multiplient. Si on a plus de moustiques et plus de virus, le risque est mathématiquement plus élevé", ajoute-t-il. En 2025, la France a battu des records de maladies transmises par les moustiques, notamment le chikungunya. Selon Santé publique France, au 28 juin 2026, on dénombrait 62 cas de chikungunya, 189 cas de dengue et 7 cas de Zika, tous importés. En Occitanie, on recensait 7 cas de chikungunya, 18 cas de dengue et 2 cas de Zika.
Des virus déjà présents et de nouvelles menaces
Yannick Simonin rappelle que le hantavirus, transmis par les rongeurs, est favorisé par l'alternance sécheresse-précipitations. "Les hommes sont plus exposés", dit-il. Le virus Ebola, transmis par les chauves-souris, suit un schéma similaire. En Occitanie, le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, transmis par les tiques, a été identifié. "L'importance de leur population est très dépendante du changement climatique", précise le chercheur.
Anticiper les crises sanitaires
Le virologue estime que la prise de conscience est insuffisante. "C'est la raison de ce livre : informer citoyens et politiques sur des risques grandissants", déclare-t-il. Il note que des virus existants peuvent muter, comme le MPOX (variole du singe) qui, en 2022, se transmettait mal à l'humain avant d'évoluer. "Il y a à la fois la problématique de nouveaux virus émergents et de virus existants qui s'adaptent différemment", explique-t-il.
Yannick Simonin insiste sur la nécessité de poursuivre les efforts de recherche. "La pandémie a permis de développer de nouveaux programmes au sein de l'ANRS-MIE (Maladies infectieuses émergentes), l'intelligence artificielle ouvre des perspectives", dit-il. Il conclut : "On a les moyens d'essayer d'anticiper. C'est un sujet éminemment politique."
Des crises à répétition inévitables
Interrogé sur la possibilité d'éviter ces crises, Yannick Simonin répond : "On est déjà dans des crises à répétition. La question est de savoir où sera la prochaine crise sanitaire et quelle sera son ampleur."



