Après L’Atelier des Lumières à Paris il y a un an et la projection sur les murs géants de l’ancienne fonderie de plus de 450 images d’œuvres de l’artiste, Pablo Picasso est encore au cœur de l’actualité numérique. Cette fois, direction le musée Picasso-Paris. Sur place, le visiteur est invité à découvrir Les métamorphoses de Guernica, une expérience en réalité virtuelle autour de l’œuvre monumentale que l’artiste espagnol réalisa en 1937. Casque HTC Vive sur la tête, 20 Minutes vous partage ses impressions.
Une œuvre majeure à 360°
À défaut d’avoir pu le contempler au Museo Reina Sofía de Madrid où il est exposé en permanence, beaucoup connaissent le tableau Guernica de Picasso. D’abord, parce que son format de 3,5 mètres de hauteur par 7,8 mètres de longueur est hors normes. Ensuite, parce que cette toile en noir, blanc et gris, avec ses corps déformés, ses visages hurlants et ses scènes de chaos, accroche fatalement le regard. Certes, certains resteront sans doute à jamais hermétiques au style surréaliste et cubiste de l’œuvre. Ceux qui l’apprécient, ou qui ont envie de la découvrir ou de mieux la comprendre, ont rendez-vous au Musée Picasso-Paris jusqu’au 6 septembre.
Il faut ainsi descendre au niveau inférieur de l’établissement, installé dans un superbe hôtel particulier du XVIIᵉ siècle au cœur du Marais, pour découvrir l’histoire de Guernica en réalité virtuelle. Cette expérience avec casque VR HTC Vive s’effectue assis, sur un tabouret pivotant. Pivotant, oui, car pour profiter d’une vision à 360°, il suffit lorsque désiré de tourner dans le sens désiré : la vision du casque s’adapte à notre position, comme si l’on baignait dans une réalité parallèle. Après quelques recommandations d’usage, un opérateur fixe l’appareil sur la tête du visiteur qui sélectionne la langue de son choix (français, anglais, espagnol ou mandarin) avant de s’immerger dans l’épopée Guernica.
Comme seul au monde au cœur des ruines fumantes
Dès les premières secondes, on est happé par le récit. Les voix de Dora Maar (muse de Picasso) et du poète et essayiste Juan Larrea (ami du peintre) servent une narration originale, réaliste, précise et documentée autour du tableau peint par Picasso en mai et juin 1937. Une œuvre de la démesure, en réaction au bombardement de la ville basque de Guernica le 26 avril précédent. 1 500 morts. Tous furent victimes des avions de l’armée nazie et du régime fasciste italien, engagés sous les ordres de Franco dans la guerre civile ourdie par les Nationalistes.
La réalité virtuelle fait jaillir le trait de Picasso sur les ruines fumantes de la ville de Guernica. Sous son casque VR et comme seul au monde au cœur des ruines fumantes de la ville basque (Gernika-Lumo de nos jours), le spectateur assiste à l’éclosion du tableau et à sa destinée. Des esquisses faites par le peintre aux premiers coups de fusain dans son atelier rue des Grands Augustins à Paris (VIe), jaillit un chef-d’œuvre…
Rappel dans le casque à travers la voix de Dora Maar : à l’origine, Picasso répondait à une commande libre de l’Espagne. Celle-ci visait à orner le pavillon espagnol de l’Exposition internationale des Arts et des Techniques appliqués à la Vie moderne qui allait ouvrir à Paris l’été 1937. Le bombardement de Guernica « offrit » à la dernière minute à Picasso un sujet d’indignation et de révolte auquel il ne s’était pas préparé…
Nous l’apprenons aussi grâce à l’expérience Les métamorphoses de Guernica : l’œuvre de Picasso n’aura ensuite de cesse de voyager, voguant de Paris à New York, en passant par la Scandinavie. En baissant la tête, le visiteur suit au sol cet itinéraire animé sur une carte. L’œuvre XXXL qui servit à lever des fonds pour les Républicains espagnols ne retrouvera le pays natif de son auteur qu’en 1981, bien après sa mort en 1973.
En quinze minutes, Les métamorphoses de Guernica résume à 360° cette histoire digne d’un véritable scénario de film. L’écriture du réalisateur Nicolas Thépot est sobre mais stylisée, avec une approche formelle qui séduit la rétine, suscitant auprès du spectateur oscillant sur son tabouret un regard quasi-contemplatif.
Ce concept de VR statique rappelle celui adopté en 2023 par le Musée d’Orsay lors de l’exposition Van Gogh à Auvers-sur-Oise - Les derniers mois. Rien à voir, ou presque, avec celui d’une expérience VR en mouvement, beaucoup plus immersive et gamifiée, où le visiteur se déplace casque VR sur la tête dans une salle dédiée (comme avec Un soir avec les impressionnistes. Paris 1874, également à Orsay en 2024, ou La magie Opéra, en 2025 à l’Opéra Garnier).
Du coup, et même si Les métamorphoses de Guernica est proposé à partir de 10 ans, pas sûr que les plus jeunes adhèrent totalement à ce nouveau voyage virtuel. Pour leurs aînés, l’expérience constitue en revanche un excellent outil de médiation culturelle, qui offre un regard contemporain sur une œuvre inclassable et finalement loin d’être inaccessible. Un excellent préalable, en tout cas, à la visite du musée qui recèle d’innombrables trésors.
Jusqu’au 26 septembre au Musée Picasso-Paris, 5, rue de Thorigny 75003 Paris (du mardi au dimanche, de 10h à 18h). À partir de 10 ans. Disponible en français, anglais, espagnol et mandarin. Tarif : 7 euros (billet d’entrée en sus). Développée par le musée Picasso, la société de production Lucid Realities et le programme dédié aux arts VIVE Arts.



