MedGPT : une IA générative au service des urgentistes
« Demande à MedGPT » pourrait devenir une rengaine dans les couloirs des urgences du CHU de Bordeaux. Depuis trois semaines, cette IA générative de pointe, développée par l’entreprise Synapse Medicine, propose des antisèches médicales 3.0 aux 600 membres du personnel soignant, étudiants compris, des urgences. Un outil qui, même en version bêta, leur permet de gagner un temps précieux.
Un gain de temps considérable pour les cas complexes
MedGPT ne change rien dans la prise en charge des cas d’urgence médicale courants. En revanche, pour ceux qui nécessitent une hospitalisation ou qui concernent des maladies rares, l’outil se montre particulièrement efficace. « MedGPT m’a été utile récemment dans la prise en charge d’un patient quadragénaire, pour une pathologie que je n’avais pas vue depuis des années », témoigne Thomas Mesnier, chef du pôle urgences SAMU-SMUR du CHU. Auparavant, les recherches pour se mettre à jour sur les complications et les thérapeutiques lui auraient pris trente minutes, peut-être une heure. « Et là, en une minute, j’avais toutes mes réponses », se félicite-t-il. Cerise sur le gâteau : l’outil est gratuit pour le CHU, puisque la société a besoin d’en développer les usages avant de le commercialiser.
Un exemple concret d'efficacité
Récemment, l’outil a également démontré son efficacité sur le cas d’une patiente atteinte d’une pyélonéphrite (infection du rein) qui présente une allergie aux pénicillines (une classe d’antibiotique) et a déjà eu la prescription d’un autre antibiotique. « Il préconise alors très rapidement des molécules et des dosages en s’appuyant sur des sources de l’association française d’urologie », apprécie Thomas Mesnier. Dans cette phase bêta, le praticien remonte aussi les erreurs ou inexactitudes des réponses pour améliorer l’outil.
Des sources médicales françaises et fiables
MedGPT permet aux soignants de rester à la page de la recherche médicale. « Quand j’ai été diplômé, 50 % des traitements étaient obsolètes au bout de sept ans, se remémore Thomas Mesnier, âgé de 40 ans. Cela doit aller encore plus vite maintenant. Le diagnostic ne change pas beaucoup mais les traitements changent tout le temps. »
Cette IA façonne ses réponses à partir de 200 sources françaises parmi lesquelles la Société française de médecine d’urgence ou la Haute Autorité de santé (HAS). Une grande différence avec ChatGPT qui pioche dans un panel de données beaucoup plus larges dont la solidité peut être contestée. Confidentialité médicale oblige, les données utilisées dans MedGPT ne sont pas identifiantes, c’est-à-dire qu’aucun nom de patient n’y figure. Autre vertu, MedGPT consent à spécifier quand il ne sait pas et mentionne toutes ses sources.
Un assistant pour vérifier les interactions médicamenteuses
« Un collègue l’a utilisé pour une patiente qui était allergique à énormément de choses et il ne savait plus quoi lui donner, pointe le chef du pôle des urgences. L’outil peut aussi nous servir à vérifier des interactions médicamenteuses. » L’un des défis à relever pour Synapse Medicine sera de mettre à jour constamment toutes les recommandations afin que l’outil reste performant.
Déploiement dans d’autres services
L’outil a été bien accueilli par l’équipe « globalement jeune et plutôt ouverte aux nouvelles technologies ». « Les urgences, c’est un bon crash test parce qu’on voit beaucoup de malades et beaucoup de situations différentes », pointe le chef de pôle. Si les retours sont positifs, MedGPT pourrait être déployé dans d’autres services, qui trépignent déjà d’impatience.
L’établissement avait déjà mis en place il y a un an et demi une IA qui interprète les radios. Elle est aujourd’hui complètement entrée dans les usages. Thomas Mesnier projette que MedGPT pourrait aussi rapidement trouver sa place d’assistant, ouvrant la voie à d’autres applications possibles dans l’hôpital de demain.



