L'intelligence artificielle révolutionne les campagnes municipales
Pour la première fois dans l'histoire des élections municipales, l'intelligence artificielle (IA) est omniprésente dans la campagne électorale, selon Paul Bournais, président de l'agence de communication politique Lab Electoral et adjoint au maire du Pellerin en Loire-Atlantique. Des chatbots capables de répondre aux questions des électeurs en utilisant la voix des candidats à Grenoble, une hymne de campagne composée avec l'IA pour promouvoir la candidature du maire sortant à Compiègne dans l'Oise, ou encore des vidéos en réalité augmentée pour imaginer le programme d'une candidate à Cherbourg-en-Cotentin dans la Manche : les exemples se multiplient.
Une adoption quasi-générale parmi les candidats
Paul Bournais, qui assiste les candidats dans leur campagne, constate que sur ses 60 clients enregistrés depuis le début de la période préélectorale, « tous, ou presque, font appel à l'IA ». Cette tendance s'explique selon lui par deux raisons principales. D'une part, les élections municipales impliquent un nombre important de candidatures, ce qui multiplie les possibilités d'utiliser ces technologies. D'autre part, cette campagne se déroule à un moment où l'intelligence artificielle n'a jamais été aussi performante et accessible.
« L'IA évolue très rapidement, il n'y avait pas autant de possibilités en 2024. Avec le temps, l'IA va changer les campagnes et les élections », affirme le communicant politique.
Des usages variés pour rendre les projets concrets
Camille Margueritte, candidate de la droite et du centre à Cherbourg-en-Cotentin, a opté pour des vidéos en réalité augmentée dans sa communication. Sur ses réseaux sociaux, différents lieux de la commune se transforment grâce à l'IA. « Cela rend les projets plus concrets », explique sa community manager. « L'image générée par IA permet à l'électeur de visualiser les changements ». Sur Facebook ou TikTok, ses vidéos cumulent plusieurs milliers de vues.
Mais les usages de l'intelligence artificielle peuvent être plus subtils. « Certains y ont recours pour structurer une profession de foi, adapter leurs messages sur les réseaux sociaux ou simplement synthétiser leurs idées », observe Paul Bournais.
Sarah Knafo et les images générées par IA
Sur le site Internet de la candidate à la mairie de Paris Sarah Knafo, des images générées par intelligence artificielle sont utilisées pour illustrer son programme. La candidate de Reconquête ne cache d'ailleurs pas utiliser l'IA dans le cadre de sa campagne et fait partie des personnalités politiques ayant mis en place un chatbot pour répondre aux questions des électeurs sur son programme. Une mention précise cependant : « Les réponses de l'IA peuvent comporter des erreurs - Elles n'engagent pas l'équipe de campagne ».
Les limites et risques de l'IA électorale
Dès le mois de novembre, le Lab Electoral a lancé « la première IA électorale française », un chatbot qui accompagne les candidats sur les sujets de réglementation. Cette IA fermée s'appuie exclusivement sur le code électoral, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) et des jurisprudences récentes.
« On s'est rendu compte que les IA généralistes comme ChatGPT ne maîtrisent pas très bien le code électoral et peuvent donner des réponses incorrectes pouvant avoir de lourdes conséquences pour un candidat », précise Paul Bournais. Ces erreurs peuvent aussi induire les électeurs en erreur.
Les dérives déjà observées
Lors des élections législatives anticipées de 2024, l'IA était déjà pointée du doigt pour la création de deepfakes. En décembre dernier, la candidate RN à la mairie de Beauvais, Claire Marais-Beuil, a été victime d'une vidéo la montrant faisant un faux strip-tease à l'Assemblée nationale. Fin janvier, une image générée par IA a été relayée par un colistier du maire de Toulouse pour discréditer deux candidats de la gauche, montrant François Briançon (union de la gauche) et François Piquemal (LFI) main dans la main.
« Faire circuler des images truquées, c'est empoisonner le débat démocratique », avait commenté l'équipe de François Briançon.
Un cadre légal encore en construction
À l'heure actuelle, l'utilisation de l'intelligence artificielle dans les campagnes électorales est légale en France. Les réglementations applicables à ce type de contenus sont celles du règlement européen, qui impose que les contenus générés par l'IA soient clairement étiquetés comme tels. Cette transparence devient cruciale alors que les technologies se sophistiquent et que les risques de manipulation augmentent.
Les élections municipales de 2026, qui se tiendront les 15 et 22 mars, marquent ainsi un tournant dans l'histoire de la communication politique, avec l'intelligence artificielle comme acteur majeur, à la fois outil de modernisation et source de nouveaux défis démocratiques.



