Au premier jour, Michaël Trazzi a le sourire et les joues pleines ; au septième, il a le teint pâle et les yeux tristes. Il y a dix mois, ce Français de 30 ans a entrepris une grève de la faim devant le siège londonien de Google DeepMind, qu'il a documentée sur YouTube. Objectif : dénoncer la course folle à l'intelligence artificielle (IA) des géants de la tech, alors même que leurs patrons sont conscients des dangers qu'une super-IA ferait courir à l'humanité.
Un jeûne militant pour une pause dans l'IA
Bientôt rejoint dans son jeûne militant par le Néerlandais Denys Sheremet (qui, lui, a tenu seize jours), Michaël Trazzi n'a qu'une demande : que Demis Hassabis, directeur de DeepMind, se dise prêt à faire une pause dans le développement de ses modèles, si ses concurrents s'engagent à faire de même. Toutefois, au bout d'une semaine, le niveau de glucose de Trazzi est dangereusement bas. Face au risque de coma – voire de décès –, il se résout à manger de nouveau.
Un levier efficace selon le militant
« La grève de la faim est un levier efficace », nous explique-t-il aujourd'hui, arborant un t-shirt « Stop The AI Race ». Rétrospectivement, il considère que cette action a permis de sensibiliser le public et les médias à la nécessité d'une régulation de l'intelligence artificielle. Selon lui, la pression exercée par son jeûne a contribué à ouvrir un débat plus large sur les risques existentiels liés à l'IA.
Un mouvement croissant pour la régulation de l'IA
Michaël Trazzi n'est pas seul dans son combat. Plusieurs initiatives internationales, comme la lettre ouverte du Future of Life Institute signée par des centaines de chercheurs et de personnalités, réclament une pause dans le développement des systèmes d'IA les plus puissants. L'objectif est de permettre l'élaboration de protocoles de sécurité et de normes éthiques avant que la technologie ne dépasse notre capacité à la contrôler.
Le jeûne de Trazzi a également attiré l'attention sur les dangers spécifiques de l'IA générative et des modèles de langage avancés, qui peuvent être utilisés pour désinformation, manipulation ou création d'armes autonomes. En se privant de nourriture, le militant a voulu symboliser l'urgence de la situation et la nécessité d'une action immédiate.
Un exemple de désobéissance civile non-violente
La grève de la faim est une forme de protestation non-violente qui a été utilisée par de nombreux militants à travers l'histoire, de Gandhi aux défenseurs des droits civiques. Michaël Trazzi s'inscrit dans cette tradition, en utilisant son corps comme outil de résistance contre ce qu'il perçoit comme une menace existentielle pour l'humanité. Son action devant Google DeepMind, l'un des principaux laboratoires d'IA au monde, vise à interpeller directement les décideurs et à les pousser à agir.
Bien que sa grève de la faim n'ait pas abouti à une pause immédiate dans le développement de l'IA, elle a contribué à alimenter un débat mondial sur la nécessité d'une régulation. Trazzi continue de militer activement, notamment à travers des conférences et des publications en ligne, pour sensibiliser le grand public et les décideurs politiques aux risques de l'IA non contrôlée.



