Plus de 350 chercheurs internationaux réclament un moratoire sur la vérification d'âge en ligne
Dans une lettre ouverte publiée lundi 2 mars 2026 et transmise à l'AFP, plus de 350 chercheurs internationaux ont appelé à un moratoire immédiat sur les projets de vérification de l'âge des internautes, particulièrement pour l'accès aux réseaux sociaux. Ces experts du numérique et de la protection des données, issus d'une trentaine de pays et travaillant dans des institutions prestigieuses comme Polytechnique, le King's College de Londres ou le MIT, expriment leur "grande inquiétude" face à la multiplication des législations restrictives.
Une demande fondée sur l'absence de consensus scientifique
Les signataires, comprenant professeurs, chercheurs et docteurs spécialisés, demandent explicitement "un moratoire jusqu'à ce qu'un consensus scientifique se dégage sur les avantages et les risques que les technologies de vérification de l'âge peuvent apporter". Cette position intervient alors que plusieurs pays envisagent ou ont déjà adopté des mesures restrictives concernant l'accès des mineurs aux plateformes numériques.
Le contexte législatif européen et français
L'Australie a mis en œuvre début décembre 2025 une interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, initiative qui fait des émules en Europe. En France, une loi interdisant l'accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux a été votée fin janvier 2026 à l'Assemblée nationale et doit encore être présentée au Sénat pour adoption définitive. Les chercheurs soulignent que les discussions actuelles sur la réglementation des réseaux sociaux, des chatbots d'IA ou des messageries instantanées pourraient exiger que tous les utilisateurs prouvent leur âge pour des activités quotidiennes comme discuter avec leurs proches, lire les nouvelles ou rechercher des informations.
Les risques majeurs identifiés par les experts
Les chercheurs mettent en garde contre plusieurs dangers potentiels :
- Atteintes à la vie privée : "Les technologies d'estimation et d'inférence de l'âge sont très intrusives en matière de vie privée"
- Discriminations accrues : Ces mesures pourraient exacerber les inégalités dans l'espace numérique
- Problèmes d'accessibilité : Certains internautes pourraient rencontrer des difficultés d'accès
- Contournements faciles : L'existence de nombreuses méthodes pour contourner les outils de vérification existants
- Migration vers des plateformes non régulées : Risque de voir les internautes se tourner vers des sites alternatifs sans contrôle
Des alternatives à explorer
Les signataires plaident pour l'exploration de mesures alternatives qui s'attaquent à la racine du problème, citant notamment les algorithmes des réseaux sociaux comme domaine nécessitant une régulation plus ciblée. Ils encouragent une approche plus nuancée qui ne repose pas uniquement sur des barrières technologiques potentiellement problématiques.
Cette prise de position collective intervient à un moment crucial où les législateurs européens et français doivent peser les implications concrètes des restrictions d'accès aux réseaux sociaux pour les mineurs, entre protection de la jeunesse et préservation des libertés numériques fondamentales.



