Le 19 août 2026, Moderna et Merck ont dévoilé des résultats encourageants pour leur vaccin thérapeutique personnalisé contre le mélanome, associé à l'immunothérapie Keytruda. L'essai de phase avancée, mené sur 1 137 patients à haut risque, a atteint son objectif principal en réduisant le risque de récidive, ainsi que son objectif secondaire en empêchant la propagation du cancer à d'autres parties du corps.
Un traitement innovant pour les patients à haut risque
Baptisé Intismeran, le traitement combine le Keytruda de Merck à un vaccin à ARN messager conçu sur mesure à partir des mutations détectées dans la tumeur de chaque patient. Suzette Delaloge, oncologue et présidente du conseil d'administration de l'Institut national du cancer, estime sur franceinfo que cette approche constitue "un réel espoir". Elle souligne qu'il s'agit "d'un médicament tout à fait innovant, très intéressant", tout en rappelant que les données précises n'ont pas encore été présentées.
L'essai a recruté des patients atteints d'un mélanome de stade IIB à IV, dont la tumeur avait été retirée chirurgicalement. Ils ont reçu jusqu'à neuf doses de Keytruda associées au vaccin personnalisé, ou le Keytruda seul, pendant environ un an. Aucun nouveau signal de sécurité n'est apparu, selon les laboratoires.
Comment fonctionne ce nouveau vaccin contre le mélanome ?
L'enjeu est majeur : chez ces patients, le risque de rechute sous forme de métastases peut atteindre 30 %. Pour fabriquer le vaccin, l'ADN d'un fragment de la tumeur est séquencé afin d'identifier ses anomalies. Le traitement peut ensuite reconnaître jusqu'à 34 antigènes spécifiques et "éduquer" le système immunitaire.
Ces résultats prolongent ceux d'un essai de phase intermédiaire : en janvier, Moderna et Merck avaient annoncé une réduction de 49 % du risque de récidive ou de décès après cinq ans. "Une diminution du risque de rechute d'à peu près 50 %, ce qui est quand même énorme", rappelle l'oncologue Suzette Delaloge. Dans cette première étude, un vaccin personnalisé avait pu être conçu pour 85 % des patients.
Un enjeu stratégique pour Moderna
Pour Moderna, qui cherche à se diversifier au-delà du vaccin contre le Covid-19, ces données sont aussi stratégiques. Le groupe développe notamment des vaccins contre la grippe, le norovirus et la maladie de Lyme. Barclays estime qu'Intismeran pourrait générer environ trois milliards de dollars dans le mélanome d'ici 2035.
L'annonce a fait bondir de 60 % l'action Moderna avant l'ouverture de Wall Street, à 103,60 dollars, tandis que Merck progressait de 7,5 %. Les deux groupes doivent présenter leurs résultats lors d'un prochain congrès médical et les transmettre aux autorités de régulation. D'autres essais sont en cours dans des cancers de la vessie ou du poumon, même si certains cancers dits "froids", moins sensibles à l'immunothérapie, restent plus difficiles à cibler.



