La recherche française poursuit son décrochage dans la compétition internationale, selon le rapport 2026 du Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Hcéres), publié mardi 26 août. Le nombre de publications scientifiques françaises a diminué de 4,2 % entre 2020 et 2025, alors que la moyenne mondiale a augmenté de 12,5 % sur la même période. Cette baisse relative place la France au 12e rang mondial pour la production scientifique, contre le 9e rang en 2015.
Une production scientifique en déclin
Le rapport du Hcéres, qui évalue la qualité de la recherche française, souligne que le nombre de publications scientifiques a chuté de 4,2 % entre 2020 et 2025. Cette tendance contraste fortement avec la croissance mondiale de 12,5 % sur la même période. La France se retrouve ainsi dépassée par des pays comme l'Inde, la Corée du Sud et le Brésil, qui ont considérablement augmenté leur production scientifique.
« La France perd du terrain dans la compétition internationale pour la production de connaissances », a déclaré Jean-François Delfraissy, président du Hcéres, lors de la présentation du rapport. « Cette baisse est d'autant plus préoccupante qu'elle s'accompagne d'une stagnation des financements publics et privés de la recherche. »
Des financements en berne
Le rapport pointe également la stagnation des dépenses de recherche et développement (R&D) en France, qui représentent 2,2 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau inférieur à la moyenne de l'Union européenne (2,3 %) et bien en deçà de l'objectif national de 3 % fixé par le gouvernement. Les dépenses publiques de R&D ont même diminué de 1,8 % en 2025, tandis que les dépenses privées n'ont progressé que de 0,5 %.
Cette situation est aggravée par une baisse du nombre de chercheurs et d'enseignants-chercheurs en France, qui est passé de 290 000 à 280 000 équivalents temps plein entre 2020 et 2025, soit une diminution de 3,4 %. Le rapport note que cette érosion est due en partie aux départs à la retraite non remplacés et à une attractivité insuffisante des carrières scientifiques.
Des disparités disciplinaires
Le Hcéres observe que le décrochage n'est pas uniforme. Les sciences de la vie et de la santé, ainsi que les mathématiques, restent relativement dynamiques, avec une production stable ou en légère hausse. En revanche, les sciences de l'ingénieur, la chimie et la physique voient leur production décliner plus fortement, avec des baisses allant de 5 % à 8 % sur la période.
« Les domaines où la France est historiquement forte, comme les mathématiques, ne suffisent plus à compenser les pertes dans d'autres disciplines », a ajouté Jean-François Delfraissy. « Il est urgent d'inverser cette tendance pour maintenir la souveraineté scientifique du pays. »
Des pistes pour enrayer le déclin
Le rapport du Hcéres formule plusieurs recommandations pour enrayer ce déclin. Il préconise notamment d'augmenter les financements publics de la recherche de 1,5 milliard d'euros par an, de créer 5 000 postes de chercheurs et d'enseignants-chercheurs supplémentaires d'ici 2030, et de simplifier les procédures administratives pour les laboratoires. Il suggère également de renforcer les partenariats public-privé et d'accroître l'attractivité des carrières scientifiques, notamment en augmentant les salaires en début de carrière.
Le Hcéres appelle enfin à une meilleure coordination entre les universités, les organismes de recherche et les entreprises, afin de favoriser les synergies et d'éviter les doublons. « La France a les talents et les infrastructures pour redevenir un acteur majeur de la science mondiale, mais cela nécessite une volonté politique forte et des moyens à la hauteur », a conclu Jean-François Delfraissy.



