Sophie Adenot, première Française dans l'espace depuis 25 ans, partage son expérience depuis l'ISS
Les cheveux flottant librement et un sourire radieux aux lèvres, l'astronaute Sophie Adenot est apparue jeudi 27 février lors de sa première prise de parole publique après avoir passé 14 jours en orbite dans la Station spatiale internationale (ISS). Cette image restera à jamais l'une des premières représentations de la deuxième femme de l'histoire à entrer dans la station spatiale, et la première Française depuis Claudie Haigneré il y a un quart de siècle.
Une adaptation remarquable en micropesanteur
Lors de cette conférence de presse organisée depuis le siège parisien de l'Agence spatiale européenne (ESA) via l'application Teams, avec le centre spatial de Houston au Texas, Sophie Adenot s'est montrée en pleine forme physique et morale. « C'est encore mieux que ce que j'ai pu espérer, la vue de la Terre est absolument magnifique », a confié l'astronaute de 43 ans, revenue dans le bon sens - tête en haut - pour discuter, ses cheveux blonds flottant constamment au-dessus d'elle.
L'ingénieure de formation et ancienne pilote d'essai, 84e femme à aller dans l'espace, a surpris par sa facilité d'adaptation : « J'ai eu la belle surprise de n'avoir aucun des symptômes qu'on peut craindre quand on arrive dans l'espace, un peu comme le mal des transports. Dès la première seconde, je me suis sentie comme un poisson dans l'eau ».
Un quotidien chargé à 400 kilomètres d'altitude
Le contact avec les médias a été établi alors que l'astronaute se trouvait au sud du Japon. Vingt minutes plus tard, au moment de conclure, elle avait presque rejoint l'Ouest des États-Unis, 10 000 kilomètres plus loin, voyageant à la vitesse impressionnante de 28 000 km/h.
Son quotidien dans l'ISS est extrêmement structuré :
- Réveil à 5h30
- Au moins 2h30 de sport quotidien pour conserver sa masse musculaire
- Journée de travail jusqu'à 19h30
- Activités scientifiques, de maintenance et logistiques
Sophie Adenot a déjà commencé à travailler pour le Centre d'aide au développement des activités en micropesanteur et des opérations spatiales de Toulouse (CADMOS) sur une expérience de kinésiologie visant à optimiser les mouvements dans l'espace.
Émerveillement et réalités pratiques de la vie spatiale
Lorsqu'elle a pu passer quelques instants dans la Coupole, le module d'observation de la station qui offre une vue à 360° de notre planète, l'astronaute a ressenti une véritable euphorie : « Comme si toutes les cellules de mon corps avaient ressenti cette joie et ce bonheur. La Terre est si belle de là-haut, on se sent “unité”, dans toute l'humanité et ça donne le moral ».
Malgré sa minutieuse préparation pendant des années, elle reconnaît avoir été surprise par certains aspects de la vie dans la station : « On a l'impression que c'est un bazar vu de loin, comme vous pouvez le voir dans le module Columbus dans lequel je suis. Mais les logisticiens tiennent un système d'inventaire qui fait que tout est à sa place ».
Elle s'était également préparée à quelques mauvaises odeurs, mais décrit plutôt « une odeur de carlingue métallique ». Les bruits produits par les mousquetons qui s'entrechoquent l'ont beaucoup amusée.
Une mission scientifique intensive
Occupée en permanence depuis 25 ans, l'ISS constitue un laboratoire scientifique sans pareil mais aussi l'un des derniers espaces de coopération internationale entre Occidentaux et Russes. D'ici octobre, et son retour prévu, Sophie Adenot participera à plus de 200 expériences scientifiques.
L'astronaute a évoqué les préparatifs du désamarrage du vaisseau cargo de SpaceX qui doit ramener sur Terre toute la science des six derniers mois. Sa première sortie extra-véhiculaire est prévue en mars, un événement qu'elle attend avec impatience : « on croise les doigts ».
Malgré son emploi du temps chargé, Sophie Adenot avoue n'avoir pas encore eu le temps d'ouvrir complètement ses valises, ayant mis « une semaine à retrouver (son) shampoing ». Un détail qui rappelle que même à 400 kilomètres au-dessus de la Terre, certaines réalités du quotidien restent les mêmes.



