Le parquet de Paris a ouvert une enquête après la cyberattaque massive qui a touché près de 700 000 usagers de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP), a-t-on appris samedi 15 août. L'enquête, confiée à l'Office anticybercriminalité (Ofac), vise notamment des chefs d'« extraction frauduleuse de données » et de « participation à une association de malfaiteurs ».
Une enquête pour extraction frauduleuse de données
La section cyber du parquet de Paris a ouvert une enquête pour « extraction frauduleuse de données contenues dans un système de traitement automatisé de données à caractère personnel mis en œuvre par l'Etat », ainsi que pour « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement », a indiqué le parquet, sollicité par l'AFP. Les investigations ont été confiées à l'Ofac.
Cette cyberattaque, qualifiée de « plus sophistiquée » que « par le passé » par l'administration fiscale, a permis d'extraire des données de contribuables et d'entreprises. Au total, 678 000 usagers, particuliers et entreprises, sont concernés. Pour les particuliers, les données dérobées incluent notamment les noms et prénoms, le quotient familial, le revenu fiscal de référence et le taux de prélèvement à la source, a détaillé la directrice générale des finances publiques, Amélie Verdier.
Des données sensibles mais pas d'accès aux comptes
Le fisc a toutefois tenu à rassurer : les données dérobées « ne permettent pas l'accès au compte sécurisé sur impots.gouv.fr ». Les usagers concernés seront contactés à partir de lundi, a confirmé Matignon, notamment pour les avertir des risques d'usurpation d'identité. La DGFiP affirme que les espaces des usagers n'ont pas été compromis.
Cependant, le site spécialisé « French Breaches », qui documente les cyberattaques en France, rapporte sur X que l'auteur du piratage « partage des captures montrant l'accès à des échanges fiscaux privés et revendique 6 366 056 demandes accessibles ». Par ailleurs, le cybercriminel « ZeroBytes » a revendiqué jeudi 13 août une autre fuite liée à la DGFiP, concernant « près de deux millions de propriétaires de biens immobiliers et fonciers en France », selon « French Breaches ». Le pirate affirme détenir des noms, dates de naissance, adresses, identifiants fonciers, parcelles cadastrales et informations sur les biens détenus, et avoir « toujours accès au compte DGFiP ».
Une série de cyberattaques en France
Cette attaque s'inscrit dans une série de piratages qui ont touché des institutions françaises ces derniers mois, comme l'ANTS, l'Insee, l'Assurance-maladie, la CAF ou encore La Poste et la Banque postale. La justice parisienne voit les cyberattaques se multiplier, avec des hackers souvent très jeunes. En juin, deux pirates présumés, âgés de 22 ans et 15 ans, ont été mis en examen après le démantèlement du groupe « Dumpsec », qui avait ciblé notamment l'Assemblée nationale. Ce groupe s'était spécialisé dans l'extraction et la revente de données sensibles, avec plusieurs dizaines de millions de données et plus de 1 500 sociétés ou entités visées, selon la commissaire Julie Benoit, cheffe du pôle des enquêtes cyber à l'OFAC, qui les décrivait comme « de jeunes hackers français en quête de notoriété et se croyant hors d'atteinte ».
Fin janvier 2026, deux autres hackers présumés ont été mis en examen pour des attaques contre les académies de La Réunion, Reims et Clermont-Ferrand à l'automne 2025. Le plus jeune avait 17 ans, le plus âgé 20 ans, déjà connu des services de police. En avril, un jeune hacker de 21 ans, alias « HexDex », a été mis en examen et écroué, relié à une centaine de signalements de piratages de sites internet depuis décembre 2025, visant notamment des fédérations sportives et le Système d'information sur les armes.
En début d'année 2026, un jeune majeur né en 2007 a été mis en examen pour son implication dans le piratage de la Fédération française de tir, dont les données ont été utilisées pour dérober des armes à feu lors d'agressions et de vols par effraction ou en se faisant passer pour de faux policiers. Cette nouvelle affaire DGFiP pourrait relancer le débat sur la sécurité des systèmes d'information de l'Etat, alors que les autorités appellent les usagers à la vigilance face aux risques d'usurpation d'identité.



