Temo Matiu, la récompense d'un travail acharné pour une première cape avec les Bleus
Un coup dur peut parfois ouvrir la voie à une belle histoire. Cette mécanique paradoxale s'est enclenchée mercredi dernier, à la fin de l'entraînement des Bleus, lorsque Anthony Jelonch a ressenti une douleur à l'ischio-jambier. Cette alerte a conduit Fabien Galthié à acter le forfait du Toulousain et, par conséquent, à promouvoir Temo Matiu au statut de titulaire. À 24 ans, le troisième ligne bordelais va ainsi lancer sa carrière internationale face à l'Angleterre, dans le cadre du Tournoi des Six Nations, un match crucial qui pourrait offrir aux Bleus la victoire finale.
Une filiation émouvante et symbolique
En temps normal, tout parent serait fier de célébrer la première sélection de son enfant. Il est donc aisé d'imaginer les émotions qui ont traversé Legi Matiu, prononcez Lenni, sélectionné à deux reprises face au pays de Galles et à l'Angleterre en 2000, lorsqu'il a appris que son fils allait débuter sous le maillot des Bleus. « Voir jouer les fils d'autres joueurs, c'était déjà génial », confie le père, évoquant probablement les premières capes de Lenni Nouchi, le fils de Samuel Nouchi, avec qui il a joué au Biarritz Olympique. « Mais maintenant, je comprends cette joie. Il a vraiment de quoi être fier. C'est le genre de moment qui marque une étape importante dans une carrière. »
Fabien Galthié, qui a disputé l'édition 2000 du Tournoi aux côtés de Legi Matiu il y a 26 ans, a rendu un hommage appuyé à cette filiation. « C'est un joli clin d'œil », a insisté le sélectionneur. « Son papa a débuté au pays de Galles. Il avait vécu une semaine difficile, et pourtant Legi avait décidé de jouer. On s'était construit autour de lui. » Un peu plus de 26 ans plus tard, Temo Matiu vient enrichir la dynastie des « fils de » du rugby français. Mais si ses gènes n'y sont probablement pas étrangers, il le doit avant tout à son propre mérite.
Un parcours marqué par la progression et la détermination
Arrivé à l'été 2024 à Bordeaux en provenance de Biarritz, ce troisième ligne plein de promesses a pris toute son envergure cette saison. Notamment depuis qu'il a été titularisé en numéro 8 en novembre dernier, un poste où il a enchaîné 11 titularisations consécutives sous les couleurs de l'UBB. « Temo, c'est un mélange de puissance, de vitesse et d'adresse », a loué Fabien Galthié. « Il est avec nous depuis l'automne 2024, ça fait longtemps qu'on l'observe et qu'il se prépare. On trouve intéressant de lui donner une opportunité, surtout avec ce que l'on voit de lui aux entraînements et ses performances en club. »
Les entraîneurs du XV de France ont pu observer un joueur formaté pour le plus haut niveau. « C'est un joueur qui va très vite, qui a une puissance incroyable qui lui permet d'être un sauteur de niveau international », rappelle Yannick Bru, le manager de l'UBB. « On misait sur ce potentiel de facteur X. » Cependant, une promesse n'est rien sans les actes. Pour éclore, Temo Matiu a dû se densifier, tant physiquement que mentalement. « On lui a fait la guerre pour qu'il progresse en termes de dimension physique », a expliqué Thibault Giroud, manager de la performance de l'UBB. « On s'est un peu énervés contre lui en lui demandant d'être plus dur sur l'homme, plus agressif, pour marquer ses adversaires. Son jeu est plus brutal. »
Des qualités physiques impressionnantes et une résilience remarquable
Plus brutal, mais toujours aussi athlétique. Ses qualités physiques innées lui permettent d'afficher une vitesse maximale de 33,9 km/h et une accélération de 4,9 mètres par seconde sur 10 mètres. Après avoir pris 6 ou 7 kg à Bordeaux pour atteindre 110 kilos, ces chiffres sont à comparer aux 37,8 km/h et aux 5 m/s de Louis Bielle-Biarrey. Malgré ses performances, le Bordelais n'avait pas eu sa chance jusqu'à présent. Il avait même été laissé à la disposition de son club avant le match d'ouverture face à l'Irlande et durant le week-end de repos du Six Nations.
Cette attente n'a cependant pas entamé sa détermination. « Je l'ai trouvé très résilient : c'est l'un des rares joueurs à avoir fait une très bonne partie à Pau malgré la fatigue accumulée avec son statut de sparring-partner en équipe de France », félicite Yannick Bru. « C'est bien qu'il se paie, on est très fier du travail qu'il a effectué. Cette réussite est d'abord la sienne. » Comme quoi, la sueur et la persévérance peuvent être le prélude des plus belles histoires, et Temo Matiu en est la preuve vivante alors qu'il s'apprête à affronter l'Angleterre dans un match décisif pour les Bleus.



