Un réveil brutal pour les Bleus après un crash historique en Écosse
Les supporters français qui ont ouvert les yeux dimanche matin à Édimbourg, l'esprit encore embrumé par une soirée peut-être trop agitée, ont dû se demander s'ils n'avaient pas cauchemardé. La réalité les a rattrapés lorsqu'ils ont vu le personnel au sol de l'aéroport fredonner ostensiblement « Flowers of Scotland » sur le tarmac, préparant les vols retour vers la France. Non, ce n'était pas un mauvais rêve : les Bleus se sont bel et bien crashés de manière spectaculaire en Écosse, concédant une défaite aux proportions inédites (50-40).
Des rêves de Grand Chelem réduits en poussière
Partis vers Murrayfield avec des ambitions de Grand Chelem plein la tête, les joueurs français sont rentrés à Marcoussis dès samedi soir, une désillusion majuscule pour seul bagage. Si la défaite était une possibilité, l'ampleur de cette déroute, heureusement atténuée comptablement par une fin de match où les Écossais ont relâché leur étreinte, soulève des questions cruciales. Les illusions nées des trois premières victoires bonifiées face à l'Irlande (36-14), le pays de Galles (12-54) et l'Italie (33-8) se sont envolées. Plusieurs secteurs de jeu, censés être consolidés, se sont effrités, et au-delà d'Antoine Dupont, qui a vécu un rare mauvais jour en bleu, la plupart des cadres n'ont pas pesé.
La responsabilité de Fabien Galthié mise en cause
Fabien Galthié porte une part de responsabilité dans cet échec retentissant. Jusqu'à présent gagnant dans ce Tournoi, ses choix se sont cette fois avérés perdants. Son approche stratégique, consistant à s'adapter aux forces écossaises plutôt qu'imposer les siennes, a peut-être laissé le champ libre à un adversaire qui n'en demandait pas tant. « On n'a pas été surpris par ce qu'ils ont proposé, sauf qu'on n'a pas réussi à faire ce qu'on voulait », a-t-il déclaré, un aveu d'échec. À moins de deux ans de la Coupe du monde 2027, cette défaite est l'une des pires de l'ère Galthié, d'autant plus inquiétante que la France pourrait retrouver l'Écosse en huitième de finale en Australie.
La faillite des cadres et le cas Antoine Dupont
L'absence de rébellion durant une séquence de 37 minutes où les Bleus ont encaissé un terrible 40-0 est désarçonnante. Les essais inscrits en fin de match, face à un adversaire en roue libre, n'atténuent pas ce constat. Cette équipe ne manque pourtant pas de joueurs expérimentés, mais ils ont semblé plus énervés contre l'arbitre qu'eux-mêmes. Thomas Ramos a souligné : « Ça ne sert à rien de gueuler quand tu prends des essais, il faut être lucide. » Le problème est que Ramos a été le seul leader à tenir son rang, et encore, il n'a pesé qu'avec son doublé tardif.
Julien Marchand a été directement impliqué sur trois essais encaissés, Charles Ollivon très discret, et Yoram Moefana d'une fragilité considérable en ratant sept plaquages. Le cas le plus flagrant est Antoine Dupont, qui a vécu le pire match de sa carrière en Bleu, contribuant à la déroute avec une interception et une passe en-avant dans son en-but. Habituellement un sauveur, Dupont a rappelé qu'il restait un être humain faillible.
Les vieux démons ressurgissent violemment
Après trois succès bonifiés, ces Bleus ne semblaient avoir que des qualités, mais cette illusion a explosé à Murrayfield. Plusieurs défauts récurrents ont refait surface : les limites de la mêlée tricolore, devenue un fardeau, les difficultés de Dorian Aldegheri soulignant l'absence de Uini Atonio, et les pénalités permettant aux Écossais d'investir les 22 mètres français. Aucune solution miracle ne semble apparaître.
La défense, retrouvée face à des adversaires empruntés, a littéralement explosé, laissant les Écossais s'affaler sept fois dans l'en-but français, un record sous Galthié. Les chiffres sont édifiants : 33 plaquages ratés, 13 franchissements subis. « Si on reprend le match, ça commence par la conquête, la possession, leur domination sur les collisions », constate Galthié. Cette spirale négative a été contagieuse, avec 10 pénalités concédées, malgré un travail supposé sur la discipline.
La colère est mauvaise conseillère, et il ne faut pas tout jeter. Dotée d'un tempérament offensif ayant permis six essais, l'équipe conserve des atouts et peut remporter le Tournoi en cas de victoire face à l'Angleterre, une performance inédite depuis 2007. Mais cela suffit-il à plaider la simple théorie de l'accident ? Les Bleus doivent se relever rapidement, avec la Coupe du monde en ligne de mire.



