De notre envoyé à Roland-Garros, ne pas se fier aux apparences. Le visage poupin et l'extrême politesse de João Fonseca cachent un jeu parmi les plus brutaux du circuit. Novak Djokovic et Casper Ruud l'ont appris à leurs dépens à Roland-Garros, et aucun n'a survécu aux gifles à 130 km/h du jeune homme.
Le Brésilien a fait de son coup droit dévastateur un fond de commerce rentable depuis son apparition sur le circuit : en 2025, il lui avait permis de remporter ses deux premiers titres sur le circuit, à Buenos Aires d'abord, puis à Bâle. En 2026, il lui ouvre les portes des quarts de finale en Grand Chelem pour la première fois de sa carrière, en attendant plus.
« Ma force, c'est ma puissance, aller chercher les coups, jouer de manière agressive, je joue comme ça depuis que je suis jeune, réagissait-il après sa victoire en 8es de finale. Peut-être pas avec la même constance, mais je vais toujours chercher les coups. J'adore envoyer des coups gagnants. »
Un coup droit plus puissant que celui de Sinner et Alcaraz
Après son premier titre en Argentine, la presse locale avait été impressionnée par le coup signature de Fonseca au point de n'avoir pas pu s'empêcher de le comparer à celui de l'icône nationale Juan Martin Del Potro, référence parmi les références en matière de parpaings. « Je ne me compare pas à son coup droit, qui est pour moi l'un des trois meilleurs de l'histoire du tennis, avait poliment décliné le Carioca de 19 ans. C'est un grand compliment quand on me le dit, mais je continue à m'entraîner pour qu'un jour mon coup droit soit aussi bon que le sien. »
Un an et demi plus tard, le Brésilien ne doit plus être loin du compte, mais Rome ne s'est pas construite en un jour. Ces derniers mois, sa tendance erratique à l'arrosage en coup droit le rapprochait plus de Jelena Ostapenko que de la Tour de Tandil, jusqu'au déclic au 2e tour de Roland contre Dino Prizmic.
Le vent a tourné pour Fonseca, et toutes les balles ou presque tombent désormais du bon côté de la ligne, signe évident d'une meilleure utilisation de son arme favorite. Une très mauvaise nouvelle pour la concurrence : son coup droit est du calibre de ceux de Jannik Sinner et Carlos Alcaraz. Il va même un peu plus vite selon des chiffres de Tennis TV (131 km/h en moyenne pour Fonseca, 130 pour Sinner et 128 pour Alcaraz). Son lift est aussi très au-dessus de la moyenne du circuit (3 048 rpm), quelque part entre celui d'Alcaraz et de Sinner.
« Fonseca a une force assez hallucinante »
Mais quel est son secret ? « Il a une forme de puissance, quelque chose de naturel, mais qui se développe encore, décrypte Justine Hénin, consultante France TV pendant la quinzaine. Il a une bonne orientation du corps qui explique toute la puissance qu'il est capable de générer de partout. Fonseca a une force assez hallucinante. »
Un constat déjà partagé par Arthur Fils. Le Français avait analysé le coup fort de son rival pour le compte de l'ATP. « Il dispose d'une puissance naturelle. Grâce à son excellent timing, il a cette puissance naturelle. Il peut jouer très vite sans forcer, alors imaginez quand il va utiliser toute sa puissance, toute la force dont il dispose : ça va aller très, très vite. » Tellement vite qu'il n'a pas toujours besoin de trouver la zone parfaite pour générer des coups gagnants, comme le relevait justement l'ancien 80e mondial Mark Petchey. « C'est toujours un signe révélateur qu'il y a là quelque chose d'un peu spécial. »
Un autre indice : Tennis TV a déjà eu suffisamment de matière pour poster une compilation « Dix minutes de coups droits supersoniques de João Fonseca » sur sa chaîne YouTube, alors que le 30e joueur mondial n'a pas encore 20 ans. « Son coup droit est agréable à regarder parce qu'il dégage cette sensation de puissance, ajoute Tsonga. Mais il n'a pas que ça, il a la chance d'avoir plein d'armes dans son jeu. »
Le paradoxe de João Fonseca est effectivement d'avoir dû attendre d'étoffer sa panoplie, et notamment d'améliorer ses déplacements, pour mettre en exergue son meilleur coup. « Contre Djokovic, c'était la première fois qu'il m'impressionnait plus que par la puissance qu'il est capable de développer, souligne Justine Hénin. Je l'ai vu en gestion de match sur la fin, utiliser des amortis, avoir les nerfs solides, s'appuyer sur son service… J'ai vu vraiment beaucoup de choses qui m'ont convaincue. »
Assez pour en faire le successeur de Gustavo Kuerten à Paris ? Dans ce Roland-Garros WTF, pourquoi pas. Mais théoriquement, il serait un peu trop tôt dans un monde où il aurait à battre Sinner et Alcaraz, comme l'ont démontré ses premières confrontations avec les mutants. Ni très bon ni ridicule, Fonseca s'était incliné à chaque fois en deux manches. Et lors de leur match à Miami, l'Espagnol avait complètement annihilé le point fort de son adversaire au point de sortir du premier set sans avoir concédé le moindre coup droit gagnant. L'équivalent tennis du passage de la comète Halley. Pas dit que le phénomène se reproduise un jour.



